Palais Lumière Evian, du 7 février au 17 mai 2026
Commissaires d’exposition : Pierre Alain Crettenand et Christophe Flubacher.
Conseiller artistique du Palais Lumière : William Saadé.
L’exposition s’articule comme mesure de l’influence du peintre Ferdinand Hodler (1853-1918) sur l’art suisse de son époque. L’artiste, né à Berne, s’est installé à Genève dès 1871. Sa pratique artistique fut une référence pour nombre de peintres suisses. Le point de vue des commissaires d’exposition montre un éventail de productions picturales au tournant des XIXe et XXe siècles s’élevant avec ou contre son modèle.

Plus de 140 œuvres de 55 artistes sont réunies pour illustrer ce panorama de la peinture suisse entre 1880 et 1930.
Parmi la série d’autoportrait, celui d’un maître incontesté, semble-t-il, Bathelemy Menn (1815-1883). Extraordinaire figure d’un pédagogue exigeant, dont la douceur du regard induit une bienveillance lumineuse (et un petit air d’Antoine de Caunes, non?). Albert Schmidt (1883-1970), dont le père est un collectionneur fervent des oeuvres de Hodler, peint dans la filiation directe des concepts de symétrie de Hodler.


J’y ai appris qu’entre les trois têtes de file, Jeanneret, Hodler et Burnand, la concurrence est rude. Jugez-en par vous-même parmi ce florilège d’images de l’homme viril, symbole de la détermination au travail et des muscles puissants de ces mâles suisses.

La femme, elle, n’est qu’harmonie et douceur, son rôle central dans le mouvement symboliste. Angoissée ou empourprée par les feux d’une passion, posant dénudée dans la nature, elle reste immuablement calme et impavide. Poésie, musique, peinture, théâtre et littérature célèbrent l’onirisme et la mélancolie du symbolisme dès 1880. Mais une dualité possible féminine ne semble pas avoir inspiré les peintre suisses exposés: ici, pas de femmes fatales, mais des figures angéliques.




Ci-dessous deux toiles représentant un groupe de femmes. Celle de Hodler montre son langage pictural, le parallélisme. Les quatre femmes semblent exécuter une chorégraphie. Postures et gestes répondent à la courbe de l’horizon. Les nuances bleues des robes et même les coiffures participent de cette notion décorative, mais aussi philosophique. Chez Amiet, l’attitude des modèles paraît moins rigide, une scène de genre montrant des jeunes femmes en costume bernois, naturelles bien que graves, en mouvement et pas du tout en représentation. Le titre de l’oeuvre fut donné par Hodler lui-même, ami de l’artiste. Un intitulé symboliste pour un tableau qui ne l’était pas forcément au départ.


En tant qu’artiste, on n’y découvre que deux femmes: Stéphanie Guerzoni (1887-1970), élève de Hodler ayant repris son atelier à sa mort, et Alice Bailly (1872-1938), peintre hors influence hodlerienne, de style futuriste, fauviste ou cubiste.

Dix thématiques émaillent l’exposition de cette galaxie des peintres suisses autour de Hodler. Outre le lac et la montagne, le paysage, la maladie et la mort, les arbres, les portraits, le travail et, à l’étage inférieur, la coupure effectuée par les peintres qui ont choisi d’autres voies durant cette période, entre 1890-1930.
Quelques oeuvres qui ont particulièrement accroché mon regard:






On a pensé aux jeunes enfants en proposant quelques jeux d’occupation bienvenus pour la sérénité des parents!

Des peintres divergents, nous sont présentées quelques oeuvres des mouvements divisionniste, expressionniste, cubo-futuriste, et réaliste. Parmi les artistes, la modernité de Hodler a eu ses adeptes et ses détracteurs, mais l’exposition met l’accent sur son impact envers la production de la peinture en Suisse. Qu’iels soient positionnés en sa faveur, comme Albert Schmidt, ou dans des sphères différentes, et même en résistance. (dépliant de l’expo)


Une rencontre séduisante avec les peintres suisses de cette époque charnière. J’avoue n’avoir que très peu d’acquis en la matière. Une interrogation tout de même: Les peintres ici présentés ont-ils été traversés par l’idée des combats meurtriers qui eurent lieu entre 1914-18? Avant et pendant la Première Guerre mondiale, malgré la mobilisation suisse de 1914 (pour défendre les frontières), on mesure l’avantage d’une neutralité qui, d’ailleurs, en sortira renforcée. (Document RTS)






