Du 17 mai au 18 août 2024, en attendant le festival Image Vevey, cette belle et intéressante exposition explorait le thème de la main. Le musée Jenisch y décline cette thématique du XVIe à nos jours avec des oeuvres de sa collection et des prêts. La belle affiche, reprise d’une oeuvre de Ulla von Brandenburg, invite à explorer dessins, estampes, sculptures, peintures et vidéos d’artistes célèbres ou non, toujours avec pertinence.
Actuellement, l’exposition est terminée.
Ce cercle de mains de Bruce Naumann (1941) est un dessin préparatoire de son installation sculpture (Untitled) Hand Circle, 1996 que l’on peut voir au MCBA, Lausanne. Il interroge, dans sa pratique artistique, le corps humain, ses gestes et ses mouvements au moyen de plusieurs médias tels que la vidéo, la performance ou les néons. Ce geste-là, à connotation pornographique, correspond à son approche personnelle: « Je veux qu’il (son art) soit véhément et agressif, parce que cela oblige les gens à y prêter attention« .

Pour Florian Sông Nguyon (1988), le dessin « est un dénominateur commun et sans doute le premier rapport de l’Homme au pouvoir de l’image« . L’oeuvre intitulée « le poids des yeux 40 » est une encre de 2002. Elle nous rend voyeur d’une copulation de mouches sur le pouce (!). La bague prend un petit côté ironique entre couronne royale et yeux tentaculaires tendus vers la scène.

Gabriel Orozco (1962) est un artiste voyageur inclassable, exposé dans des galeries renommées. Ici il utilise sa main en tant qu’outil et imprime l’empreinte d’un mouvement.

Myriam Mihindou (1964) intitule cette installation « Ex-Voto, Polarisation (Névralgie I) ». Surmontée de trois minuscules photos de sa main étreignant une boule d’argile, est déposé un délicat avant-bras décoré de perles et soutenant une main d’enfant. En y regardant mieux, le fil rouge semble une veine sanguine et les perles sont des épingles plantées. Une offrande donc, participant d’un rituel, une prière ou une relique. Un travail sur le corps morcelé et l’esprit réunifié. Peut-être.


Jérôme Zonder (1974) offre cette main monumentale dessinée sans outil intermédiaire, directement au doigt, dans le fusain et la poudre de graphite. L’artiste en fait littéralement le portrait, dont une chiromancienne pourrait en dire beaucoup…

Trois moulages mortuaires de mains émouvants. A gauche, celle de Gustave Courbet et celle à droite celle de Victor Hugo. Celle du centre appartient au Professeur Claude Edouard Verdan (1909-2006), pionnier de la chirurgie réparatrice de la main en Suisse.
Cet arrangement de mains est une étude d’école vénitienne (XVIIe). Telle une constellation étoilée, leurs gracieuses postures semblent un peu futiles ou maniérées, mais elles suggèrent des actions généreuses et douces.
Marcel Broodthaers tente l’expérience d’écrire sous l’averse. Il a réalisé ce film N/B 16 mm en 1969, « Projet pour un texte » dure 2 minutes en silence.
Solène Rigou dessine aux crayons de couleur sur des planchettes de bois. Elle photographie la main d’un.e ami.e, puis reproduit le cliché au crayon dans son atelier. A voir le résultat hyperréaliste, d’une maîtrise absolue, on ne s’étonnera pas des semaines de travail qu’il lui faut pour reproduire texture, couleur et lumière.

Ferdinand Hodler (1853-1918) ne pouvait être absent à Vevey. Voici cinq études de mains réalisées vers 1915-16. Préparatoires pour d’un grand format présentant cinq figures féminines, « Regard dans l’Infini » (à voir au Kunsthaus Zurich), on y voit paraître leur construction, le squelette en dessin précédant la chair peinte.

L’américain Richard Serra (1938-2024) n’a pas sculpté que le métal. Ses monumentales plaques de métal brut dont il a contrôlé le degré de rouille sont bien connues. L’exposition présente ici un travail vidéo de 1968 sur des mouvements de mains (à voir 👉🏼 attrapant, grattant, liées).
Des « Manipulations » que peint le britannique Tony Cragg (1949) en 2007 avec ces mains comme tatouées ou gantées de signes tribaux répétitifs. Encore un artiste que l’on connait surtout pour ses sculptures, tris et empilements.

Une oeuvre de pop art par Kiki Kogelnik, une des rares femmes de ce mouvement. Le musée de la Chaux-de-Fonds en avait fait une belle rétrospective en 2020 (à voir ICI). L’oeuvre s’intitule « Vraiment George, tu n’aurais pas dû » et date de 1966.

J’ai beaucoup apprécié ces eaux-fortes de Max Klinger qui raconte les péripéties d’un gant égaré et met en scène ses aventures surréalistes (fin XIXe!).

Une artiste de Montreuil, Sophie Lecomte (1969), dont la réflexion s’applique au vivant et à la temporalité, présente cette main de fer recouverte de lichen. Rencontre rare de métal et de végétal.

Paul Klee (1879-1940) et l’un de ses dessins en ligne claire, pureté, simplicité, efficacité.

Plusieurs oeuvres de Françoise Petrovitch (site de l’artiste), dont cette aquatinte, intitulée « Le Secret »(2021). Ses créations vont du dessin à la vidéo en passant par la sculpture montrant aussi bien des figures de jeunesse que d’animaux. J’ai découvert aussi des performances, des pièces chorégraphiques, sur son site.

Manet à gauche, Goya à droite. Le premier l’intitule « Fleur Exotique » (1868), le second : »Que Dieu lui pardonne: c’était sa propre mère » (1793-99). Des eaux-fortes et aquatintes sur papier très ressemblantes, mais à cent ans d’écart l’une de l’autre.

La main émouvante de l’artiste Roman Opalka (plus dans cet article), traçant ses nombres selon son strict protocole, photographiée par Antonio Mulas.
Philippe Ramette, tel un passe-muraille, nous tend la main (Plus dans cet article).







