« Chroniken vom Mars » (Chroniques martiennes) Philippe Quesne / Ray Bradbury

Théâtre de Vidy, du 21 au 25 janvier 2026

Avec Andrea Bettini, Jean-Charles Dumay, Sébastien Jacobs, Kay Kysela, Annika Meier, Gala Othero Winter. Photo© Martin Argyroglo.

C’est au tournage d’un film que le public est convié. La pièce est inspirée des nouvelles de Ray Bradbury parues pour la première fois entre 1945 et 1950 dans des magazines américains, puis publiées en 1950 aux USA et en 1954 en France. Ray Bradbury (1920-2012) est aussi l’auteur du célèbre roman Farenheit 451, mis à l’index et interdit sous la nouvelle « dictature » trumpiste.

Cette dystopie raconte le débarquement de colons terriens sur la planète Mars et l’éradication progressive de ses habitants au profit des humains. L’histoire n’est pas nouvelle et se répète à l’envi ici-bas. Le metteur en scène et plasticien Philippe Quesne réinvente la narration en choisissant un certain nombre des nouvelles anticipatoires de Bradbury et en imaginant un film en cours de tournage sur fond vert, une toile de tissu de couleur unie placée derrière les acteurs, ensuite remplacée par une vidéo. En l’occurrence, une vidéo est tournée en direct par les acteur.ices et projetée sur écran par-dessus différents décors choisis au préalable.

© Martin Argyroglo

Les personnages verts seront donc invisibles sur l’écran sauf s’iels découvrent une partie de leur humanité, dans ce cas leur visage. Le public assiste donc au jeu complet des personnages, simultanément à leur projection sur l’écran. ce qui dénote d’une précision impeccable au niveau du positionnement. Le résultat est magistral.

Débarqués de leur fusée-hotdog, ces cosmonautes-conquistadors nous font cadeau de récits dont l’humour l’emporte sur le drame, redonnant à une certaine science-fiction galvaudée ou désuète, un charme oublié. La prise de position des auteurs est visiblement du côté des martiens, la folle vanité des humains les menant au désastre ici comme ailleurs.

La nature humaine, ses failles et ses outrances, sont ici illustrées avec une ironie qui déplace la cruauté coloniale vers un humour grinçant ou la naïveté la plus risible. L’intelligence des martien.nes, capables entre autres de télépathie, dépasse la crédulité des humains, assurés qu’ils sont de leur prépondérance. Un thème rendu contemporain au regard de la politique actuelle. C’est pourquoi la science-fiction n’est pas la thématique fondamentale des nouvelles de Bradbury. En revanche son anticipation est pertinente. La mise en scène souligne le propos en créant un lien entre ces astronautes et la conquête de l’ouest par les colons américains.

La musique est indissociable des productions de Philippe Quesne. Ici , ballades romantiques ou guitare en direct donnent un ton western avec de la musique country mêlée de R&B, Elvis mélancolique en première ligne. Mais l’opéra lyrique apparait aussi dans une scène wagnérienne à souhait jouée avec emphase par un couple extatique.

Au final, cette nouvelle production de Philippe Quesne, qui ne nous avait pas habitué à tant de technologie, est une réussite à tous points de vue: créative, ingénieuse, pétillante, pertinente, profonde sous une apparence de désinvolture étudiée.

Extrait de la feuille de salle :

Ray Bradbury ne se considérait pas comme un auteur de science-fiction, mais comme un
auteur de fantasy. Il ne s’intéressait pas à ce qui était scientifiquement possible, mais à ce
qui était métaphoriquement possible :  » C’est comme dans la vieille légende de Persée et
Méduse. Méduse était réelle, Méduse est le présent. Persée avait un bouclier de bronze qui
représentait l’avenir. Il veut tuer Méduse, mais si on la regarde, on se fige. C’est ce que fait
le présent, il nous fige, nous empêche de bouger. Que faire alors ? Vous regardez dans le
bouclier de bronze, qui est un miroir. Vous voyez où se trouve Méduse, vous passez votre
épée derrière vous et vous lui coupez la tête. C’est ça, la science-fiction.
« 

2 réflexions sur “« Chroniken vom Mars » (Chroniques martiennes) Philippe Quesne / Ray Bradbury

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