Fondation Beyeler, du 12 octobre 2025 au 25 janvier 2026
Forte de ses 70 ans de carrière, née en 1929, l’artiste Yayoi Kusama (ICI article Culturieuse 2013) est toujours aussi prolifique. Rassemblant un ensemble de peintures, sculptures, environnements, dessins, collages, happenings et performances, l’exposition rétrospective de Bâle offre une vision globale et chronologique de son travail méticuleux. Elle est significative de l’évolution de sa pratique artistique. C’est un vrai plaisir de se balader parmi l’univers coloré dans lequel elle enveloppe le public. Une exposition joyeuse

Bref rattrapage biographique de Yayoi Kusama ICI
La toute première oeuvre exposée est un portrait réalisé à l’âge de 10 ans. Un dessin qui évoque l’expérience hallucinatoire fondatrice de l’oeuvre de la jeune Yayoi. En effet, ses hallucinations auditives et visuelles sont partie prenante de sa production.

Yayoi Kusama (22.03.1929) expose ses œuvres dès l’âge de 16 ans en gagnant le concours de l’Exposition des Arts Régionaux du Zen-Shinshû en 1945 et 1946, puis elle poursuit ses études à Kyoto à l’École secondaire supérieure Hiyoshigaoka et y étudie la peinture japonaise traditionnelle. Au début des années 60, elle rejoint les Etats-Unis, pour y devenir rapidement une figure de l’avant-garde New yorkaise. Ses créations continuent à son retour au Japon en 1973 où elle s’inscrit définitivement en établissement psychiatrique.
Entre filets (nets) et pois (polka dots), tiges organiques et miroirs infinis, Kusama explore l’accumulation et la répétition sans fin d’une façon aussi compulsive que singulière. Elle privilégie, dans les années 50, les techniques à séchage rapide comme l’aquarelle, la gouache te l’encre, quitte à les mélanger, avec un geste aussi spontané que leste.
Intitulée Accumulation of corpses (Prisonner Surrounded by the Curtain of Depersonalization), l’huile et émail ci-dessous est significative des formes organiques étranges que peint Kusama. Aucun cadavre, mais une sorte de vision NDE, un tunnel sombre ou même sanglant menant à la lumière. En 1957, soutenue par Georgia O’Keefe, elle s’installe aux Etats-Unis (Seattle puis New York).

Corpses (cadavres) est un entrelac de fibres tressées, nouées, contractées. Tourments de l’âme ou traumas atomiques? Une petite sculpture intitulée porte de l’enfer renforce l’agitation sous-jacente.

Cet étrange autoportrait en forme de fleur rose envahie de papillons et jaillissant des flots reflète peut-être son besoin obsessionnel de se dissoudre dans la nature, ce qu’elle fait habituellement avec ses pois: « Ma vie est un point perdu parmi des milliers d’autres points ». La fleur, comme les pois, est pour l’artiste en lien avec ses hallucinations, ses angoisses contre lesquelles elle se bat en cherchant à dissoudre son identité parmi l’univers.

Dès le début des années 60, ses expositions personnelles ont lieu à New York et à Boston. Sa série Infinity Nets (réseaux de l’infini) est acclamée par la critique. Kusama se met à la transformation d’objets et accumule sur eux des formes en tissu rembourré qu’elle peint en monochrome. Durant la seconde guerre mondiale en 1944, elle avait appris à coudre dans une usine de parachute. Elle se servira de cette activité pour se créer une garde-robe inimitable. Après l’avoir utilisée pour des performances dans les années 60, elle finira par la commercialiser (Kusama Fashion incorporated). Ses performances consistent à peindre des pois sur des corps nus. Il en existe un film expérimental, Kusama’s Self-obliteration, très bizarrement sonorisé… et pas que! (à voir ICI) .
Cette chaise recouverte d’éléments organiques m’a rappelé l’oeuvre de Louise Bourgeois « La destruction du père » , par laquelle elle règle ses comptes avec un père humiliant et dominateur. Elle a déclaré : « Chaque jour, vous devez abandonner votre passé ou l’accepter et si vous ne pouvez pas l’accepter, vous devenez un sculpteur. »






Des accumulations de toutes sortes qui doivent demander oubli de soi et concentration maximum!

Yayoi Kusama a entretenu une grande amitié avec Joseph Cornell, l’homme aux boîtes. En 1983, elle en compose une elle aussi.
Les grands formats sont impressionnants, les plus petits charment par leurs cumuls.

Et puis il y a ces découvertes, des oeuvres jamais vues qui chamboulent l’oeil et la réflexion.
En noir/blanc ou en couleur, à plat ou en volume, Kusama explore avec avidité les méandres de l’agglomérat. » Dissolution et accumulation, propagation et dissociation, effacement des particules et réverbérations occultes de l’univers : ce sont là les fondements de mon art, et ils se manifestaient déjà à l’époque « .
Douze années de travail (2009-2021) se concentrent dans la salle 8. Des panneaux carrés recouvrent les cimaises. Kusama assise, les peint de tous les côtés à la fois. Ce sont 38 oeuvres dela série « My Eternal Soul » qui invitent le public à une première expérience immersive. Au centre, un cube percé de petits hublots permet d’inaugurer une vision kaléidoscopique en live.







Au sous-sol, Infinity Mirrored Room – The Hope of the Polka Dots Buried in Infinity Will Eternally cover the Universe, 2025, une salle envahie de sculptures gonflables jaunes et noirs, parois peintes de même, nous plongeons dans le monde onirique de l’artiste. De ces formes serpentines, rien pourtant ne génère d’anxiété. Un espace central tapissé de miroirs permet de s’enfouir plus encore (mais 2 minutes) au creux de ces algues organiques démultipliées par renvoi miroirique (Marcel Duchamp aurait apprécié…).
Vidéos et photos des performances des années 60-70, ainsi qu’une biographie détaillée de Yayoi Kusama constituent le final de cette exposition rétinienne en diable. A l’extérieur, flotte le Narcissus Garden (1966-2025) et une seconde Infinity Mirror Room-Illusion inside the Heart , 2025, à l’intérieur de laquelle vous pourrez vous immerger.

Il reste peu de temps pour aller à Bâle s’oublier parmi les polka dots de Yayoi. Ne manquez pas ces moments de pur plaisir visuel et, par la même occasion, faites connaissance avec cette artiste hors-normes, avant-gardiste du pop art et du minimalisme. Une femme artiste qui compte dans l’histoire de l’art contemporain. Et pour terminer quelques citrouilles!




































































J’aime bien ton « autoportrait » immersif.
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Oulà, tu m’as reconnu 😊
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Merci pour toutes ces très belles (re)découvertes ! Quelques merveilles à voir et revoir sans s’en lasser.
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Effectivement l’expo est très fournie. Je vois l’article pour la 1e fois sur l’écran de mon portable et je m’aperçois qu’il n’y a aucun des diaporamas enregistrés. Ce qui donne une chronique infiniment longue…
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En tout cas ça se lit avec beaucoup de plaisir 😊
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Bravo !
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Oui, merci, bravo à cette petite grande dame japonaise !
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Superbe expo vue cet automne !
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Tout à fait d’accord! De quoi mettre d’excellente humeur petits et grands enfants !
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