Théâtre de Vidy, Lausanne, du 30 octobre au 14 novembre 2025
Avec les loups qui se réinstallent en Suisse, c’est toute une partie de la culture helvétique qui semble remise en question! Les pâturages alpins ne sont plus aussi sûrs pour les bovins et autres ovins, les éleveurs s’emballent. Quand les bêtes sauvages et les bêtes domestiques partagent un territoire, est-il possible de trouver un terrain d’entente? De trouver des moyens de vivre ensemble?
Très vite subjugué et attentif, le public se trouve face à une enquête de terrain. En dispositif quadri-frontal, il entoure les trois intervenant.es accompagné.es de trois chiens. Ces derniers, très sages à leurs places, se manifesteront peu, et toujours à bon escient. Quatre grands écrans encerclent le plateau sur lesquels sont projetées les images nocturnes provenant de pièges vidéos.
Le propos de cette pièce, aussi informative que palpitante, engage chacun.e à s’interroger sur ses propres convictions. Les spécialistes (biologistes, photographes, éleveur.euses, berger.ères, politiques, journalistes, associations, etc) mêlent leurs voix et leurs opinions pour tenter de démêler, quelquefois avec virulence, cette relativement nouvelle configuration du vivant dans cette région.


Le loup étant présent en Suisse depuis 1995, la première meute (couple reproducteur et jeunes) se forme en 2012 dans les Grisons. Dans le Jura vaudois, les premiers indices de la présence du loup datent de 2014. A quelques kilomètres du col du Marchairuz, le ShanjuLab vit et travaille avec ses animaux. C’est donc aux premières loges que ses habitants sur quatre et deux pattes assistent au retour des loups dans la région. Dès 2020, année du premier bovin attaqué, le laboratoire s’intéresse à cette problématique. D’abord avec le photographe animalier Julien Regamey, puis au fil des années, alors que les attaques augmentent, l’équipe précise son questionnement sur cette thématique pour aboutir à l’étape de ce spectacle.

Les cadavres de bovidés ne nous sont pas épargnés. Celles des loups jouant entre eux non plus. C’est toute l’ambivalence de cette problématique, son potentiel émotionnel. Le rapport au loup est biaisé, entre autres par des préjugés ancestraux, et il engendre des réactions aussi irrationnelles chez leurs protecteurs que chez leurs détracteurs.
Entre les projections, les prises de parole de Judith Zagury, (directrice de ShanjuLab), de Dariouch Ghavani (professeur et coordinateur arts-sciences), de « Monsieur loup » (Jean-Marc Landry, cohabitation avec les grands prédateurs) et encore de la journaliste Séverine Chave offrent leurs sentiments, leurs précisions ou les faits observés. Il en ressort une représentation très vivante et expressive, proposant au public une base à ses interrogations.
On peut comprendre les gardiens et propriétaires, puisqu’en été 2025, plus d’une soixantaine de bêtes sont prédatées. Un film témoigne pourtant d’une expérience de tir de fusée explosive qui repousse la meute. Un moyen de leur inculquer une distanciation des troupeaux? Et les loups chassent aussi les biches, des animaux moins faciles à capturer que les moutons et les vaches.

La meute du Mont Tendre a été dissoute cette année, tirs autorisés par l’Etat de Vaud. Aucune reproduction signalée. F19 (femelle du couple de 2019) est toujours vivante. Il semblerait que les loups solitaires causent plus de dégâts que les meutes.
Un délicat sujet qui invite au questionnement personnel. Qui est prêt.es à recevoir la vie sauvage? A partir de quelle distance la présence du loup vous parait acceptable? au zoo? dans les bois près de chez vous? dans votre jardin? Comment se mesure votre degré d’empathie entre un animal domestiqué et un animal sauvage? Quelles proies pour quels prédateurs? Vous nourrissez-vous vous aussi d’animaux?
Monsieur loup vous explique tout! Conférence de Jean-Marc Landry (2024): la vulnérabilité face au loup

