Quartier de Castello, tout près de l’Arsenale, l’un des grands lieux d’exposition de la Biennale di Venezia. Ici est située La Vetrina, galerie qui se propose de répandre la culture suisse au fil des canaux vénitiens. L’artiste Claudia Renna y a présenté une partie de ses derniers travaux, tableaux collages, peintures, vidéos et ses merveilleux théâtres, des scènes narratives en trois dimensions.
Recomposés à partir d’images découpées, les théâtres de Claudia Renna sont pour moi des écrins faisant office d’intermédiaires entre vie sauvage et culturelle, des médiateurs de la vie sur Terre, expressifs, aussi subtils que percutants. Ils peuvent être drôles ou tragiques, poétiques ou ironiques. Ils évoquent un présent nimbé d’anxiété tout en glorifiant l’art et la vie, qu’elle soit végétale, humaine ou animale. Le passé y côtoie le contemporain, nous parlant de nos excès, de nos erreurs et de la beauté d’un monde négligé.
L’humain y est un animal comme un autre, représenté par de grands peintres de l’histoire de l’art. A regarder de près, on aperçoit ces détails cuisants, ce charme teinté d’appréhension. L’enseigne de coca-cola débordant sur la Sainte Cène de Leonard de Vinci, l’accablement du Major Davel de Charles Gleyre tournant le dos aux massacres de l’Humanité, ce Pierrot de Watteau, tragicomique et un peu gêné, sous le regard accusateur d’un manchot empereur, etc.
L’affiche de l’exposition s’inspire de l’oeuvre ci-dessus. L’edelweiss, fleur associée à la Suisse, dont la signification est « noble souvenir d’un amour passé » et cette seiche méditerranéenne peinte, à l’encre noire, dont l’oeil nous transperce, sont des symboles forts pour l’artiste.
Claudia Renna (1965) vit à Lausanne, elle est née à Zürich de parents immigrés italiens. Suisse et Italie, végétal et animal, langues française, allemande et italienne (et d’autres!), passé et présent, culture artistique et culinaire, sensibilité écologique: des contextes qu’elle déplace, des environnements qui interrogent, des figurants improbables. Des scènes que l’on dirait extraites d’un rêve ou quelquefois d’un cauchemar. De plus le large éventail de ses pratiques dénote de sa perpétuelle recherche et de son ouverture.
« J’ai besoin de voir et d’apprendre sans cesse, pour percevoir autrement, et j’ai besoin de modifier ce qui m’entoure. C’est dans le collage probablement que la dimension de transformation est la plus perceptible : on soustrait une image à un contexte pour l’intégrer dans un autre, lui donnant une nouvelle actualité. Le passé et le présent cohabitent ainsi et donnent naissance à un sens nouveau, inattendu. » (interview Claudia Renna)
Claudia Renna devant son parterre de fleurs peintes Millefiori (des carrés divisibles), Galerie La Vetrina 2025. (site de l’artiste)
Les petits formats (18×24 cm) mêlent collages et dessins. Bien qu’en deux dimensions, ils évoquent avec puissance les thématiques chères à l’artiste: l’incertitude du futur, et la connexion avec le vivant. Des images saisissantes, mais aussi plus abstraites, comme ces lignes colorées formées de chutes découpées (des rectangles divisibles) et parsemées de phrases .
Dans l’espace cuisine adjacent à la salle d’exposition sont présentés des collages « culinaires » aussi pittoresques qu’impitoyables.
Des deux vidéos visibles dans cette exposition, l’une déploie avec humour un EDEN proche de l’embrasement et l’autre est une déambulation ludique et drôle dans le monde de Marcel DUCHAMP, entre Egouttoir et Rotoreliefs! Cette exposition étant actuellement terminée, nul doute que la galerie LA VETRINA (Fondamenta de la Tana, 2101) sera dorénavant un lieu incontournable de nos séjours vénitiens. Vous y serez chaleureusement accueilli par les galeristes Christine Matthey et Joël Desaules. Quant à Claudia Renna, ayez l’oeil sur le calendrier pour suivre son inspirant parcours créatif !
P.S. Connaissez-vous les éditions LaClac? Créées par Claudia Renna, elles conçoivent notamment des productions (fanzines, cartes postales, badges) permettant de réunir des artistes de différents horizons autour d’un thème proposé ou d’un support commun. Personnellement, je collectionne les badges d’ artistes. (Instagram editionslaclac)