Dominique Gonzalez- Foerster (1965) § TH.2058 (2008)

Mes oeuvres commencent souvent par une pile de livres. DGF

ICI, un entretien avec l’artiste Dominique Gonzalez-Foerster, lectrice invétérée et passionnée, qui parle de quelques livres qu’elle tient en très haute estime.

 

« TH.2058 » Dominique Gonzalez-Foerster In The Turbine Hall Of Tate Modern, 2008. Photo Glenn Copus

« Il pleut depuis des années maintenant, et il n’y a pas eu un jour, une heure sans pluie? »  Voici les premiers mots du texte imprimé en gros caractères et en anglais, à l’entrée de l’installation de Dominique Gonzalez-Foerster. Avant de passer le rideau de plastique rouge et vert (lunettes 3D?) qui barre l’entrée de l’oeuvre de l’artiste française, quelques explications : voici Londres dans 50 ans, une ville où il pleut sans cesse, une pluie qui a eu des conséquences étranges puisque tout s’est mis à pousser de façon démesurée.
Maintenant que vous êtes prévenu, vous pouvez entrer. C’est un abri. Des lits superposés sont alignées sur plusieurs mètres. C’est un dortoir pour refugiés. Une bande-son laisse s’écouler une pluie persistante accompagnée de sourdes détonations. Au mur, de petites ampoules clignotent créant ainsi une atmosphère étrange. (source)

« L’eau est le point de départ de la vie organique telle que nous la connaissons, c’est peut-être la forme de vie la plus primitive et la plus importante sur cette planète. Je ne peux pas penser à quelque chose de plus émouvant que l’eau, la pluie, les larmes, les vagues, la mer, les lacs, mais aussi les nuages, les icebergs, les bouteilles en plastique, les mers sèches, les déserts liquides, les douches limitées ou impossibles, la dernière goutte, la première goutte. (TH.2058, DG-F, Londres, p.188 du catalogue)

Photo Chris Beckett sur flickr
Article The Guardian 2008

C’est une apocalypse que dépeint cette installation. Sur les quelques 200 lits, des livres de science-fiction sont disposés prêts à être feuilletés (JG Ballard, Philippe K.Dick, M. Duras, Orwell, etc.). La salle est aussi habitée par des copies d’oeuvres d’art agrandie à 125%: « Maman » de Louise Bourgeois, « Flamingo », le gigantesque stabile en acier rouge de Calder, le squelette de chat géant de Maurizio Cattelan, un mobile organique de Bruce Nauman et une sculpture de Henri Moore, « Sheep piece ». Ces structures évoquent des animaux familiers démesurés. Le maxi trognon de pomme de Claes Oldenburg et Coosje van Bruggen trône en bout de salle. Un écran diffuse des extraits de films cultes (« The last film ») comme « Alphaville » de Godard ou « La Jetée » de Chris Marker. Les visiteurs sont parties prenantes de l’oeuvre. L’ensemble est censé faire ressentir une atmosphère qui, c’est selon, pourrait être aussi bien sécurisante que menaçante.

Photo Inversion Layer

Dominique Gonzalez-Foerster (site) travaille sur la construction de climats, dans le sens atmosphère, sensation. Elle réfléchit sur les différents espaces: chambres, scènes, et même les êtres. Des espaces à visiter, non par leur qualité esthétique, mais par les sensations ou sentiments qu’ils procurent. Au-delà d’un émerveillement momentané devant une oeuvre qui nous toucherait par sa beauté, le travail conceptuel de DGF instaure un état psychologique. Entre danger et protection, intégrer des oeuvres suggérant des animaux dans un abri en cas de catastrophe fait résonner l’idée des extinctions successives qui ont précédé cette sixième à venir. Des animaux qui, par leurs formes englobantes pourraient tout aussi bien être des protecteurs, des veilleurs. Par ailleurs la résurgence de souvenirs de guerre, de terrorisme ou de séisme activent une indubitable mémoire collective sur les états d’urgence. N’avons-nous pas rongé le fruit défendu jusqu’au trognon?

Dominique Gonzalez-Foerster et « Apple Core » d’après Claes Oldenburg et Coosje van Bruggen
La Masterclass de Dominique Gonzalez-Foerster :
Henry Moore, Shelter Scene: Bunks and Sleepers 1941

« Les installations de Dominique m’ont toujours fasciné par la façon dont elle relie littérature et villes, films et hôtels, architecture et abîmes, géographies mentales et citations d’auteurs. Elle est une grande amoureuse de l’art des citations. Comme l’avait fait Godard à ses débuts lorsqu’il insérait des citations, des mots d’autrui – réels ou inventés – au milieu de l’action de son film et créait – sûrement sans le savoir – une atmosphère de passion pour les phrases étrangères et pour la construction d’une culture apocalyptique decitation littéraire, une culture de la fin d’un voyage, ou peut-être vaudrait-il mieux dire, la fin du monde. »Enrique VilaMatas

 


 

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