« Dans la mesure de l’impossible » Tiago Rodrigues

A la Comédie de Genève, du 1 au 13 février 2022, puis en tournée française et internationale.

Avec Adrien Barazzone, Beatriz Bràz, Baptiste Coustenoble, Natacha Koutchoumov et le musicien Gabriel Ferrandini.

Natacha Koutchoumov et Denis Maillefer, le binôme dirigeant le tout-beau-tout-neuf théâtre de la Comédie de Genève, avaient proposé au metteur en scène et auteur Tiago Rodrigues la création d’un spectacle en lien avec la ville. Le projet, confiné à Genève, s’est construit sur la base de rencontres et d’entretiens avec des humanitaires du lieu (CICR Comité International de la Croix Rouge et MSF Médecins Sans Frontières). Un.e humanitaire est un.e professionnel.le qui se déplace périodiquement dans un pays en guerre pour aider et soigner. Le texte magnifique issus de ces rencontres n’est pas documentaire, mais documenté, et il retrace les récits vécus par ces hommes et ces femmes, incarnés par les comédien.ne.s. Un théâtre qui touche à la conscience de la complexité du monde.

Photo © Magali Dougados

L’écho assourdi de lointaines détonations habite déjà la salle qui accueille le public. Au sol, la scène est recouverte de draps blancs. Suspendu par des filins, un immense tissu compose un paysage montagneux envahissant le plateau. Deux systèmes d’arrimage, à cour et à jardin, permettent aux comédien.ne.s de remanier son aspect. Par l’ajout subtil des lumières, on y verra tour à tour des dunes, des collines, des ruines, un abri, une tente, etc. On y verra surtout un superbe décor changeant, magnifié par la lumière de Rui Monteiro.

La pièce débute par les entretiens avec l’équipe théâtrale, laquelle est représentée par le public. Les quatre personnages paraissent déroutés par le projet « Tu veux savoir quoi? », « Nous ne sommes pas des héros, on est payés pour ça ». Puis il leur vient des idées sur les sujets qu’il faudrait aborder : les différents financements des gouvernements, le manichéisme versus la complexité, la satisfaction d’être utile, l’abandon de l’idée de sauver le monde… Ceux qui aident ont-ils toujours la vie plus facile que ceux qui sont aidés?

Photo © Magali Dougados

Viennent ensuite leurs récits. Il y a deux mondes: le premier est le nôtre, celui du Possible; le second, c’est l’Impossible, celui des pays en guerre. On y ressent la colère, l’impuissance, la souffrance, la violence, la peur, mais aussi la compassion et la dignité. On y fait des erreurs, on y pleure mais on se remet. On doit y accepter notre impuissance à sauver le monde, seulement quelques vies. On voudrait arrêter le temps. Dans l’Impossible, il y a les odeurs de sang, de sueur et de mort. C’est un monde qui n’est pas vraiment audible dans l’autre, celui du Possible.

Photo © Magali Dougados

Quelques mots encore sur le jeu des act.eur.rice.s: terriblement juste, sans pathos, puissant. Une palme aux actrices pourtant: Natacha Koutchoumov est particulièrement saisissante dans son dernier monologue, empreint d’amertume et Beatriz Bràz, solaire, interprète un chant portugais vibrant d’émotion.

Gabriel Ferrandini à la batterie scande le texte. Ou est-ce le texte qui rythme les remarquables solos qui le ponctue? Fébrile, explosif, dérangeant, puis nuancé, assourdi, presque calme, mélodieux et à nouveau surpuissant, fulgurant, douloureux, impitoyable. A l’image des récits poignants des humanitaires…

Editeur: Les Solitaires Intempestifs

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