« Our Times » Yasmine Hugonnet

Théâtre de Vidy, du 21 janvier au 1er février 2926

Avec Stéphanie Bayle, Akané Nussbaum, Ilaria Quaglia

Photo en-tête© Claudia Ndebele

J’illustre cette chronique librement, n’ayant pas trouvé de photographie du spectacle à part celle de l’en-tête.

J’avais manqué 1000&1 BPM_Odyssée, avec le Ballet du Grand Théâtre de Genève! Ma fascination pour le travail chorégraphique de Yasmine Hugonnet perdure avec cette pièce pour trois danseuses. Comment parler avec simplicité d’une oeuvre aussi intensément physique, aussi abstraitement concrète? L’oxymore fait mouche. Car ce qui est abstrait est hors de l’espace-temps et ce qui nous est montré sur le plateau est l’absolu du monde physique, trois corps parfaitement concrets qui jouent avec cet espace-temps.

Ressentir l’idée même du temps et du tempo, de l’espace entre les corps et de la suite de mouvements proposés (est-ce de l’abstraction?), tout en assistant à un spectacle qui met en scène les corps dansants, la concrétisation réelle, physique, des idées de la chorégraphe.

Dans le studio de répétition du théâtre, le public s’installe sur des chaises arrangées en rond autour d’un espace central marqué de bandes adhésives vertes dessinant treize triangles dont le plus grand est ouvert. Tout comme le cercle des spectateurices comprend trois ouvertures. Les espaces sont donc poreux.

Distribué à la sortie du spectacle

Le début est une invitation, un lien, une absorption. L’une après l’autre entrant dans le cercle, de balancement en tournoiement, les danseuses s’approchent, accrochant leurs regards au public, élançant leurs gestes vers lui.

Puis leur attention se rassemble sur elles-mêmes. Elles marchent, s’enroulent, des équilibres incongrus s’installent, des marches arrière. Dans une parfaite harmonie, mais jamais pareilles. Puis le rythme des déplacements s’altère, il s’accélère. Elles se croisent, de très près, ne se touchent jamais pourtant. Les bras en mouvement chaloupés, une ondulation. Elles entrent et sortent du cercle, elles semblent libres et mobiles. Pourquoi ai-je pensé à des fresques étrusques?

Danseur de la tombe du Triclinium
à Tarquinia (-470)

Adaptant leurs mains les unes aux autres, elles en font des colliers mouvants, leurs bras dessinent l’espace. Reliées, elles sont autres, différentes: un tout. Ensuite le silence appelle l’immobilité. Dans un équilibre confondant.

Arrive le battement cadencé d’un métronome qu’elles ne suivent pas vraiment. La main donne l’impulsion, le corps la suit. Une liberté hors-cadre qui pourtant ne décadre pas. Mais bientôt, surgissent des emballements, des crispations, des tremblements. Accélération, vitesse. Se croiser, s’approcher, sans se percuter, et tournoyer, vibrer, respirer. Une tension s’installe qui devient vibration.

Long long silence. Longue, longue posture en équilibre, tenue sans faillir.

À nouveau ce regroupement superbe, les bras en collier, sans même que les mains se touchent, formant une figure qui rassemble, un rond, une croix. Puis comme un jet ascendant, un flux vers le haut, mu par trois grâces, qui finit par s’éteindre dans un dernier tournoiement.

Boticelli, Les Trois Grâces, détail de ‘Primavera‘, vers 1478,

Ce n’est pas une histoire, ou alors que raconte-t-elle? Et pourtant, c’est passionnant. La chorégraphie est exigeante pour les danseuses, elle l’est aussi pour le public je pense. La concentration était intense d’un côté comme de l’autre. La musique (ce sont des sonorités) est créée en direct par Michael Nick. L’harmonie, elle, était entièrement produite par les danseuses.

Découvrant la feuille de salle après la représentation, je lis les cinq phases de la composition chorégraphique. Les Baies – La Rosace – les Ondes – Le Centre – les Triangles.

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