Bast Hypocrate –  Simone Aughterlony

Les Printemps de Sévelin et l’Arsenic du 5 au 22 mars 2026

Une programmation commune, suisse et internationale, d’une vingtaine de projets marquants de la danse contemporaine. La plaine de Sévelin devient pendant trois semaines le lieu de la célébration d’un état d’esprit commun, que nous voulons impertinent, poétique et politique. Une plateforme internationale rayonnante avec des horaires échelonnés permettant de multiplier les découvertes et les rencontres. Kylie Walters & Patrick de Rham

Joyaux Lourdement Sous-estimés

Conception, texte et direction artistique : Bast Hippocrate.
Performance : Marcos Arriola, Bast Hippocrate.

Une chorégraphie pour deux danseurs adroitement réalisée. Sur une très petite plateforme cylindrique et tournante, les deux hommes sont collés l’un à l’autre. Leurs mouvements sont ralentis, d’une lenteur qui ajoute à la sensualité de cette proximité. C’est la tendresse qui  est mise en évidence. Les postures qu’ils élaborent, debout sur ce minuscule socle, doivent être d’une précision impeccable. Un rai de laser serpente sur le sol, et bientôt s’élargit en faisceau, les entourant d’un halo cônique. Lorsqu’un geste le transperce, le scintillement qui s’ensuit produit des diamants de brillance. Comme si la sensation de leurs caresses devenait visible. Mais l’un met pied à terre et l’autre finit par le rejoindre. Occupant l’espace de la scène, leurs jeux se transforment. La confiance est plus dangereuse. La chute de l’un est ralentie par l’autre, mais n’exclut pas la violence du contact. Les postures entremêlées n’excluent ni la tendresse, ni la cruauté. Pourtant, malgré l’intensité des chocs, leurs regards s’accrochent, leurs corps s’abandonnent hardiment. Et l’épanouissement de leur joie transparaît dans l’ardeur de la danse en liberté qui clôt le spectacle.

Une magnifique allégorie du couple et une belle réussite artistique. La part de rudesse de la deuxième partie est une forme d’expression (loin de moi l’essentialisme, mais…) qui m’a parue très masculine, tout en étant puissamment suggestive.

Collapse in 5 Acts: there is porn of it

Concept & recherche : Simone Aughterlony, Jen Rosenblit

Interprétation Lausanne : Mickey Mahar, Pierre Piton, Joseph Wegmann, Simone Aughterlony, Lucia Gugerli

Une histoire nous est contée dans un décor de cataclysme. Il y a un roi, un  cheval, un architecte, une jeune femme. Au début tout est flou, le plastic d’un rideau ne nous laisse apercevoir que des silhouettes, un feu, des lumières de torches électriques, un groupe qui passe, un être qui se débat. La voix off donne des indications qui pour moi sont demeurées aussi floues que la scène précédente. Il est dit que le récit est bâti sur l’étrange charge numérologique du chiffre 5, tissant des liens entre les cinq étapes du deuil, les cinq phases de la décomposition et, enfin, les cinq actes du théâtre classique. Est-ce une scène apocalyptique? Il y a des blocs de pierre, des chaînes, des tuyaux métalliques, une poulie suspendue, comme ce rectangle de verre qui se brisera. Il y a des langues qui lèchent une jambe, une pomme. Il y a un anneau lumineux dans lequel un homme déverse son angoisse. Il y a des projection pornographiques,  dessins formés de traits tremblants, poétiques dans leurs formes et écoeurants dans ce qu’ils représentent. Le corps de l’être qui s’est mis à nu est d’une beauté stupéfiante. Il n’a pas de genre.

La performance, et le décor m’ont évoqué les installations de la plasticienne et performeuse allemande Anne Imhof. Un monde post apocalyptique dont le roi finit par dévorer sa couronne. Le spectacle est plein d’étrangeté, d’irrationalités, de comportements éperdus. Pourtant il reste fascinant de se perdre dans ses méandres insolites, accompagnés par cette voix légèrement ironique qui semble superviser le jeu de ces pions vivants tout en leur accordant toute liberté d’agir, tel un Zeus inconsistant et curieux qui trouverait intéressant de « s’attarder sur ( notre) leur déclin ».

Musique et sonorisation produites en direct.

J’ai aussi vu en partie le diaporama émouvant de Samira Elagoz et Z Walsh, You can’t get what you want but you can get me, qui dépeint la véritable histoire d’amour de deux artistes transmasculins aux cheveux longs. Du premier rendez-vous au premier baiser, de la chirurgie esthétique aux tatouages, de la rencontre avec la famille à la concrétisation de leur relation transcontinentale, ce flux de médias sociaux composé de selfies, de messages textuels et de montages musicaux documente avec joie leur union spontanée, intime et tendre.(fiche de présentation)

Des sonorisations,

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