« States of bewilderment » Alina Arshi

Arsenic, Lausanne, du 12 au 16 novembre 2025

C’est avec l’artiste Jean (Hans) Arp que j’ai envie d’inaugurer cette chronique. Pour cette pièce, une performance dansée, Alina Arshi, chorégraphe, et Juliette Uzor proposent un duo subversif et expressif mettant en scène une nudité crue, pure et sans tabou.

Débutant dans le café de l’Arsenic, parmi les spectateurs attablés, les deux artistes totalement nues prennent place sur deux estrades, pieds immobilisés sur des sabots. Elles commencent à danser, l’une après l’autre, puis ensemble, frénétiquement ou nonchalamment, sur plusieurs morceaux de musique soul ou jazz. Peu à peu elles investissent la salle et déambulent, frôlant le public, leurs regards plantés sur chacun.e des spectateurices. Gênant? pour moi non, plutôt admirative de leur aisance. Nous étions avertis.

Après cette introduction, nous suivons les danseuses dans une salle adjacente en disposition bi-frontale. Au ras des premiers rangs, chacune d’un côté de la scène, elles se déplacent en de surprenantes contorsions, pour se retrouver à une extrémité de la salle. Ensuite, liant leurs chairs, scellées l’une à l’autre dans une étreinte infinie, commence un enchaînement de trois traversées de plateau. Mutuellement enchevêtrées, toujours collées au sol, elles combinent les enroulements, les torsions inouïes, pliant et dépliant leurs membres, distordant les postures. A qui est ce pied, ce bras, cette peau?Dans la salle, on n’entend plus que leurs halètements. Est-ce de souffrance ou de plaisir? Une lutte ou une union? L’intimité qui s’y dévoile semble révoquer toute individualité.

Photographe ?

Se saisissant d’un tas de vêtements, elles reprennent leur périple au sol tout en en habillant leur partenaire, une pièce après l’autre (slip, jeans, top). En permanence s’agrippant l’une à l’autre dans des postures au sol sans cesse renouvelées. Les efforts démesurés qu’elles déploient pourraient autant être un soin qu’une oppression.

Ces deux corps entremêlés diffusent des images d’une beauté inusitée, des sculptures abstraites qui m’ont évoqué les courbes fluides du biomorphisme des sculptures de Jean Arp. Cette performance affiche une poésie imbriquée dans l’extrême impudeur. Elle aurait pourtant mérité d’être un peu raccourcie. En effet, au-delà de l’audace et de l’esthétique de la prestation, les durées des danses au café, comme celles des traversées de plateau m’ont parues trop longues.

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