« The Soul Trembles » Chiharu Shiota

Grand Palais, Paris, du 11 décembre 2024 au 19 mars 2025

Une exposition très fréquentée (certaines photos s’en ressentent) qui retrace près de trente ans du parcours artistique de l’artiste japonaise Chiharu Shiota. Les installations nécessitent des kilomètres de fils et des semaines de construction. L’artiste dit avoir l’impression de peindre en trois dimensions le miroir de ses sentiments.

Chiharu Shiota, Where Are We Going? 2017

Parmi les sept installations monumentales que présente l’exposition, voici la première, celle qui accueille les visiteureuses en haut de l’escalier d’entrée. Ce que l’on pourrait interpréter comme des nuages ou des ailes sont en fait des barques, objet symbolique présent dans plusieurs oeuvres de Shiharu Chiota, le blanc représentant la pureté. (ICI, présentation de l’artiste)

In The Hand, 2017 (bronze)
Dessins entre 2007 et 2019

Au contraire des installations éphémères, la sculpture et le dessin sont des formes durables. Ceux–ci évoquent cependant une émotion identique, la fragilité d’un entrelacement inextricable contenu dans un geste.

Les fils s’emmêlent, s’entrelacent, se cassent, se défont. D’une certaine façon, ils symbolisent mon état mental vis-à-vis de la complexité des relations humaines.

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L’installation Uncertain Journey est ici différente de The Key in the Hand, présentée à la Biennale de Venise en 2015. Les clés ont disparu et les barques ne sont plus que des squelettes. L’image des centaines de réfugiés ayant perdus la vie en traversant les mers vient immédiatement s’immiscer à l’esprit. Une image que l’on peut facilement substituer par la totalité des âmes humaines. C’est pourquoi l’oeuvre de Chiharu Shiota parle à tout le monde. Sa perception comme son esthétique font son universalité.

Untitled, 1992, peinture détail

S’ensuivent dans l’exposition un certain nombre de photographies de performances illustrant son parcours. De la peinture abstraite lors de ses études d’art, l’artiste est frustrée par l’importance donnée à la technique et l’absence de contenu. Elle préfère quitter ce médium chargé d’histoire et de théories. Comme une libération, sa première installation-performance: Devenir Peinture en 1994, lui a permis de créer, sans minutie, un acte d’expression qui partait de son corps.

Becoming Paintig, 1994

La même année que sa mentor Marina Abramovic crée sa performance  Balkan Baroque, Chiharu Shiota collecte 180 mâchoires de vaches et les transporte par le train en plusieurs fois jusqu’à son université où elle passe un mois et demi, de nuit, à les nettoyer de leur viande. L’oeuvre I Have Never Seen My Death montre ces os arrangés en cercle et entourant des oeufs. Une résonnance avec les mots gravés sur la pierre tombale de … Marcel Duchamp! (D’ailleurs c’est toujours les autres qui meurent). Elle réutilisera ces os dans d’autres performances, dont Congregation où elle s’enterre en grande partie dans la boue au centre de l’installation,

Chiharu Shiota, Congregation, 1997 (Ecole supérieur des beaux-arts de Hambourg)
In The Earth, 2012 (crayon à l’eau sur papier)

Les gens pensent que la vérité est ce qui est visible pour eux, mais les choses sont liées de toutes sortes de manières, à la façon de pensées rhizomatiques.

En 1996, elle s’efforce de se libérer de ses fils et utilise des bambous pour tracer des lignes dans l’espace.

Flow of Energy, 1996

L’artiste tisse autour des objets du quotidien. L’espace entre rêve et réalité devient le cocon noir de la profondeur de l’inconscient, de ses mémoires enfouies.

During Sleep, 2002

L’installation ci-dessous (After That, 1999, puis Memory of Skin, 2001) est composée de robes de 7 mètres de long, cousue par Shiota elle-même, de l’eau coulant en continu sur le tissu boueux. Le propos étant de signifier que mille lavages ne peuvent effacer la mémoire de la peau.

Memory of Skin, 2001

Ici, ces morceaux de corps en bronze ont été moulés sur l’artiste. Des pièces de cuir lévitent au-dessus. Elle évoque l’idée du corps séparé de l’âme.

Out of my Body, 2019-2024

Chiharu Shiota s’est battue contre deux cancers, suivant un traitement médical difficile. Elle met en lumière ci-dessous la beauté des cellules en les magnifiant telles des pierres précieuses.

Cells, 2020 (aquarelle et pastel gras sur papier)

Connecting Small Memories, 2019, rassemble du mobilier de poupée glâné aux puces de Berlin. Là encore, avec ces objets anciens, c’est aux souvenirs qu’elle veut se connecter.

Entre 2003 et 2019, l’artiste conçoit les scénographies de 9 opéras et pièces de théâtre. La conception scénographique est devenue un pilier important de sa pratique.

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Un souvenir est à l’origine de cette installation de tonalité noire: un incendie et un piano calciné. L’odeur de brûlé et de fumée, l’image de ce piano silencieux ont laissé une empreinte émotionnelle indélébile dans sa mémoire. In Silence, 2008 serait une méditation sur le son et son absence.

Notre première peau est notre peau humaine, la seconde est constituée par nos vêtements. Dans ce cas, notre troisième peau n’est-elle pas constituée de nos espaces de vie, c’est-à-dire des murs, des portes et des fenêtres qui entourent le corps humain?

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Une accumulation de valises suspendues aux fils rouges significatifs de Chiharu Shiota. Inspirée par l’oeuvre de Christian Boltanski (Monuments etarchives, 1980), l’artiste pose la question de ce que l’on emporte avec soi en matière de mémoire de chez soi. Evoquant l’exil ou le voyage avec cette installation, elle active la mémoire affective des individus.

Un peu décevant, qu’il y ait autant de photographies d’oeuvres, mais les installations sont bluffantes. C’est un déplacement aller-retour qu’il faut utiliser comme trajet, et ça aussi est un peu dommage. En revanche, le catalogue est parfait, ni trop grand, ni trop onéreux. Vous avez jusqu’au 19 mars pour pour vous immerger dans l’oeuvre sensible de Chiharu Shiota.

Catalogue
Marcel Duchamp [1942] Behind « Mile of String ». First Papers of Surrealism, New York. Photo by Arnold Newman.

4 réflexions sur “« The Soul Trembles » Chiharu Shiota

  1. bonjour à vous,

    merci de me désabonner de votre liste de diffusion.

    Je manque de temps et donc ne la lis pas.

    Cordialement,

    JK

    J’aime

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