« La foufoune not so in love ces jours-ci » Leonora Miano

Au théâtre de Vidy, Lausanne, du 16 au 18 avril 2024

Leonora Miano est une autrice camerounaise couverte de prix littéraires depuis son premier roman publié en 2006. Ses écrits se distinguent par leur perception éclairée et singulière du colonialisme. Féministe, elle souligne les combats communs avec la pensée féministe occidentale, mais relève nombre de réalités africaines supplémentaires. La question du désir hétérosexuel est au coeur de sa recherche. Elle l’a abordé, en plus de sa création personnelle, avec deux livres collectifs « Première nuit, une anthologie du désir« (2013) et « Volcaniques, une anthologie du plaisir » (2015), des textes réunissant des écrivain.e.s africain.e.s.

Ecoutez sa voix, elle en vaut vraiment la peine: (https://www.rts.ch/play/embed/?urn=urn:rts:audio:14823834« >émission de la radio suisse romande)

Une personnalité et des écrits à découvrir: Leonora Miano, écrivaine et femme puissante, ici avec le musicien Francis Lassus.

Plus qu’africaine, Leonora Miano se précise subsaharienne. Et aussi afropéenne, puisqu’élevée à l’occidentale. Son texte parle de la femme subsaharienne et de ses contraintes, de ses désirs, de son « dressage » et de son endurance. Elle y interroge la féminité et, en rapport avec l’hétérosexualité, ce qui la construit. Grâce au système immémorial basé sur la conquête d’un homme par une femme, la compétition qui s’ensuit fait de la femme la gardienne des diktats du pouvoir mâle. En Afrique Subsaharienne, la situation est renforcée par les coutumes passées aux filtres des prêches et des colonisations. Les divinités féminines oubliées, le temps est aux grandes royales (les épouses) combattant les vilaines filles, les chiennes qui sortent du rang. Question de propriété. Les colons importent le prince charmant qui prend la couleur locale. Le romantisme, « obsession de l’amour, mais pas celui d’elles-mêmes », contamine les coeurs et participe à l’embarquement pour une soi-disant « complémentarité… hiérarchique », mais valeurs et ressources ne sont pas égales. Leonora Miano, elle, refuse l’incarcération dans le couple. Elle roule pour sa liberté et prône avant tout l’amour et la réappropriation de soi.

Dans la société patriarcale, aimer un homme, c’est comme aimer Dieu. Ce n’est pas un compagnonnage égalitaire, c’est le moins qu’on puisse dire. La société patriarcale, qui se porte à merveille au sud du Sahara post-colonial, est avant tout gynécidaire. C’est dire que ce système est en guerre contre le féminin tel qu’il l’a pourtant conçu. Lorsque celui-ci s’incarne dans des corps de femmes, il doit être contraint, exploité, soumis, dévalué. Lorsqu’il élit domicile dans des corps à pénis, il devient le signe d’une déchéance consentie ou d’une erreur de la nature. Il faut alors le mettre à mort. (extrait du texte)

C’est la batterie de Francis Lassus qui entame le spectacle. La musique des mots est soutenue par le tempo des percussions… ou vice versa. L’écriture y est aussi mélodieuse que percutante. Elle, Leonora Miano, de sa voix profonde et grave, émaille la lecture de son propre texte de ceux des chansons de Claude Nougaro ou Serge Lama dont le sens prend une forme bien différente lorsqu’environnées d’écrits féministes. A écouter et déguster avec délectation!

Le texte du spectacle. THE QUILOMBO PUBLISHING: Collection Efflorescence.

 

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