« Club Amour » Pina Bausch / Boris Charmatz

Comédie de Genève, 12-14 février 2026

Café Müller – Aattenen Tionon – Herses Duo ( ©Tanztheater Wuppertal Pina Bausch – Terrain)

Avec Emily Castelli, Taylor Drury, Simon Le Borgne*, Dean Biosca, Blanca Noguerol Ramírez, Michael Strecker

Trois pièces pour une représentation exceptionnelle qui me font regretter d’avoir manqué Charmatz à Avignon l’an dernier. Mais il faudrait demeurer dans cette ville pour assister à tous les spectacles durant le festival.

Café Müller © Tanztheater-Wuppertal-Pina-Bausch

Je rêvai depuis longtemps de voir cette pièce mythique de Pina Bausch (1978), aperçue seulement en video.(ICI). L’amour et ses déceptions y est évoqué dans les postures, les déplacements, le décor, les occurrences. Les chaises vides qui encombrent le plateau sont déjà des personnages. Six personnes interprètent cette pièce de 40 minutes sur la musique de Henry Purcell. Le fracas des chaises qui tombent s’y superpose. Le plateau figure la vie même: Cette femme en manteau, affolée, courant à petits pas entre les chaises, sur ses talons hauts. Deux autres femmes en combinaisons soyeuses, les yeux clos, comme aveuglées ou enfermées dans leurs rêves. Cet homme en complet veston qui s’acharne à dégager le passage face à leurs égarements. Cet autre, en chemise blanche, tout aussi confus, dans l’impossibilité progressive de soutenir et captif d’un désir chimérique. Celle qui se met à nu dans le fond, écrasée par le chagrin. Ce couple qui se cogne au mur , pourtant transparent, de l’incompréhension. Cette porte tournante, cercle vicieusement insoluble. Ces effondrements du corps qui résonnent comme des souffrances viscérales. Ces paumes de main qui se tendent, attendent et offrent à la fois. Ces abandons se terminant en chutes. Et la dame qui ôte son manteau, touchée enfin, osant déposer son carcan, mais être libre est inconfortable, elle le remet très vite. La résignation, les soubresauts, la volonté, le désir malgré tout, la rencontre, la collision, la douleur… tout y est et c’est d’une beauté bouleversante.

Aatt enen tionon. Avec Dean Biosca, Cédric Charron, Eli Cohen, Olga Dukhovna, Simon Le Borgne, Frank Willens (en alternance)

Le public est déplacé dans une autre salle. Ce second opus m’a moins plu. Une pièce de Boris Charmatz (1996) où trois personnes (deux hommes et une femme) sont superposées dans une structure à étages. Iels se démènent, chacun.e solitaire dans son propre cube. Assis à même le sol, nous ne voyions bien que les deux premiers étages. Les corps des danseureuses, uniquement vêtus de T-shirts blancs, s’agitent furieusement, les changements de position fusent, c’est spectaculaire et plutôt beau à voir. Pourtant cela ne m’a pas particulièrement provoqué d’émotion. Le bas du corps nu est souligné par le T-shirt court. Les trois étages occasionnent une vison fragmentée et un ensemble s’accomplit uniquement grâce au son des corps qui chutent. Le fait est qu’iels se sont donnés à fond, dans cet exercice vertigineux, ces virtuoses du corps et de la proprioception.

Herses (une lente introduction). Avec Boris Charmatz, Johanna Elisa Lemke 

Cette pièce-là est magnifique. Un couple, toustes deux nu.es, s’avance, se tenant par la main. Peu à peu, ils se nouent et se dénouent, entremêlant leurs corps. Une fusion comme une lutte, mais tout en douceur, un assemblage corporel, une symbiose en mouvement. Quelquefois sans dépendance puisque toujours iels se touchent uniquement par une partie du corps, jusqu’à se piétiner. De l’escalade, mais du corps de l’autre à terre. Un accrochage de corps perpendiculaire et, plus tard, le porté de l’un.e par l’autre, et pour terminer, le portage du corps entier sur la tête! Mais la beauté surgit surtout des chairs qui s »entrelacent, sans jamais être pornographiques. Les postures sont précises, étudiées, millimétrées et la confiance est totale. C’est peut-être cela le plus beau.

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