Théâtre de Vidy du 10 au 13 février 2026
Photos © Simon Gosselin
Les chorégraphies que j’ai vues de Nacera Belaza sont des moments particuliers. Le flou et la pénombre, la lumière et l’espace, l’atmosphère créée par les sons, font naître quelque chose d’inattendu, d’incomparable.

Les chants d’oiseaux participent à cet épisode. Malgré un bourdonnement qui peu à peu devient furieuse tourmente, leurs sifflements demeurent mélodieux. Dans un brouillard dense, une silhouette vague se met à remuer. Si lentement qu’il faut presque la quitter des yeux pour remarquer son changement de forme. Ou regarder son ombre dessiner des figures. Au centre de ce halo imperceptiblement lumineux, elle s’effondre au ralenti, tourne et se détourne. Nos yeux cherchent une forme humaine au coeur de cet effacement. Des nappes de brume flottent au-dessus d’elle.
Obscurité. Les oiseaux ont disparu, relayés par plusieurs veilleuses lumineuses en hauteur. La silhouette se meut, elle se déplace, marche, tourne, virevolte. Et surtout elle disparaît et réapparaît… on dirait un oiseau ! Et vraiment elle semble voler lorsqu’elle traverse les nuages ouatés agglutinés en un cordon moelleux tout autour du plateau. On la voit planer, glisser sur les nuages. Hypnotique. Et d’une soyeuse douceur…

Obscurité. maintenant ce sont deux formes humaines se partagent l’espace, fendent l’air ou le caresse. Un sentiment cotonneux m’enveloppe. Obscurité. Les sons vibrent. Quatre sifflements s’allient à un rectangle lumineux. C’est ce qui perce cette nébulosité. La lumière alors éclaire un corps tournoyant, éveillé, comme survivant.
Une esthétique du sublime? une expérience quasiment mystique? Une danse pour le vivant? L’allégorie d’une résistance à l’effondrement? Une prière peut-être…

