En alternance à Lausanne au théâtre Boulimie ou à l’Arsenic jusqu’au 8 février, puis à Vevey, Yverdon-les-Bains, Sion, Rolle, Morges, Genève (dates sur le site)
La scène de l’Arsenic est totalement vide. La comédienne entre depuis le côté des gradins, humblement, faisant mine de chasser une poussière de son vêtement noir et très vite, le plateau prend vie. L’univers de Tiphanie Bovay-Klameth ensemence l’aridité de ce plateau si nu.

La narration s’attache à un personnage de femme mûre. C’est la fille adulte qui s’inquiète pour sa mère en déclin. Elle est aussi cette directrice de chorale dynamique et positive, qui tente de faire passer sa vision d’un spectacle grandiose au groupe d’amateur.ices. L’épisode suivant, cinématographique, l’évoque avec sa famille. Les enfants adultes vident la maison de leur mère ayant quitté son nid pour l’EMS. Le doute et le chagrin se cachent derrière une remuante énergie, jusqu’à laisser percer l’épuisement que peuvent ressentir toustes les proches aidant.es. Le rebond suivant nous la montre une mère débordée par la sienne, mais toujours prête à tout faire, à ses dépens, pour ses propres enfants. A la chorale, une phrase perle sous couvert écologique: « La Terre-Mère qu’on a envie de sauver… ». En metteuse en scène, elle voit grand et partage ses aspirations avec fougue, ne ménageant pas ses forces pour embarquer ses ouailles dans son rêve de spectacle. Elle se voit pourtant rattrapée ensuite par le récit de jeunesse dramatique, mais hélas caractéristique, de sa grand-mère résignée. A la répétition, un discours et un poème plus tard, sa description d’une scène de rue la décrit émue par une chaleureuse humanité. Au fil du récit, un tableau se peint dans nos imaginations. Tiphanie Bovay-Klameth réussit l’interprétation d’un final impressionnant, lequel évoque le résultat de toutes les répétitions vécues par cette troupe imaginaire, mais également par le public ici présent. Car tous et toutes nous avons recréé dans nos fors intérieurs les portraits de Brigitte, de Dom, de la grand-mère, de Daniel, de cette communauté en mouvement et aussi de cette petite fille mystifiée devenue femme meurtrie. Et surtout, nous y avons retrouvé un peu de nos mères respectives…
Tiphanie Bovay-Klameth partage avec le public sa capacité fabuleuse de mime et de conteuse. Avec une légère ironie toujours empreinte de bienveillance, elle nous fait toucher du doigt cette figure de mère dévouée, généreuse, altruiste, sans pourtant gommer les aspects excessifs, énervants, débordants qui sont le pendant de toute humanité.

