Ce festival est en fait une biennale des arts visuels. Celle de 2024 se décline sous le thème « (dis)connected« : entre nostalgie du passé et curiosité d’un futur incertain. Elle s’est déroulée du 7.09 au 29.09, exposant une cinquantaine de projets internationaux aussi bien en intérieur qu’en extérieur, ce qui permet une visite sélective de la ville de Vevey.
Ci-dessus un aperçu global des oeuvres vues lors de ma première visite (seulement deux cette année). Les photographies de masques de Chagas et Grill, exotiques, à voir le long de la promenade sur les quais, sans plus. La magnifique et monumentale photo de Candida Höfer prend tout son sens sur la façade de l’ancienne prison, en s’approchant on y voit, non pas une geôle, mais une bibliothèque, celle de la George Peabody Library à Baltimore. La photographie est narrative dans l’oeuvre de Alessandra Sanguinetti, « Les aventures de Guille et Belinda« , deux cousines argentines suivie durant 25 années et des clichés intrigants et superbes. Paul Graham déploie un document sur les passant.e.s au coeur de Manhattan, saisis yeux fermés, comme surpris dans leur intériorité. Jenny Rova fait le récit de sa propre aventure amoureuse avec des captures d’écran intimes prises à l’insu de son compagnon migrant, lesquelles sont devenues des preuves de leur relation face aux autorités. Aleksandra Mir photographie depuis plus de 20 ans un avion gonflable taille réelle. Son projet « Plane Landing » devient une performance internationale dans des lieux choisis. Beni Bischof, photographe suisse, invite au voyage surréaliste dans une DeLorean mise en scène et revisitée (oui, Back to the Future!). Et puis, « Doors » de Christian Marclay, un vrai plaisir de visionner ces scènes de films où les portes s’ouvrent et se ferment sur des histoires possibles!
Ravissement suprême, au théâtre l’Oriental, une installation magnifique « Partitura », de Carlos Garaicoa: filmer des musiciens de rue et en faire symphonie (Esteban Puebla). Une quarantaine de lutrin individualisent les prestations musicales sur tablettes et un triple écran les mêlent visuellement. (extrait1 et extrait2) Magique!
Deuxième visite et il manque encore quelques artistes (rhume dévastateur oblige…).
Le choix du musée Jenisch s’est avéré judicieux avec six artistes de qualité: Anna Gali découvre les traces de la vie de son fils après sa mort d’une overdose. Debsuddha retrace des scènes de vie de ses deux tantes albinos cloîtrée chez elles en Inde. Weronika Gesicka m’a enchanté avec les définitions fictives trouvées dans des encyclopédies qu’elle réalise photographiquement grâce à l’IA. Vuyo Mabheka découpe quatre clichés de lui enfant et redessine son enfance aux crayons de couleur. L’ukrainienne Sasha Kurmaz témoigne des effets de la guerre avec une simplicité brute et poignante. Lisa Barnard analyse le projet YOLO, biomimétisme calqué sur les chauves-souris pour autonomiser les voitures.
La photo de l’oeuvre d’Andreas Gursky (le glacier d’Aletsch) est une vue depuis le quai de gare de Vevey. Phyllis Ma harmonise visuellement la beauté des champignons, présentés avec à-propos, dans le sous-sol du parc. Le film impressionnant de Kaya & Blank sur les monumentales pompes à pétrole des USA interroge et hypnotise à la fois. J’ai préféré les anciennes affiches de magiciens indiens aux photos de Tara L.C. Sood. Sébastien Agnetti, exposant dans un passage, montre un superbe travail photographique poétique sur 20 années. Guanyu Xu photographie les chambres de migrants en ayant accroché des clichés de leurs objets personnels, créant des mises en abîme étonnantes.


