Au Théâtre de Vidy du 20 au 29 septembre 2024
Avec Ntando Cele, Brandy Butler, Françoise Gautier, Steffi Lobréau
Fast-fashion et feel-good: le recyclage. Désastre pour les un.e.s, et réconfort des autres. Labels bio et recyclages nous confortent, ici en Europe, du bien-fondé de nos actes de récupération. Mais la durabilité n’a pas la même image selon le continent d’où on la pratique.
Le titre est inspiré du poème de T.S.Elliot, « The Waste Land » (La Terre Vaine, traduction)
C’est un spectacle dont l’esthétique est remarquable: deux buttes de tissus, tout en fringues éparpillées, un panorama vallonné, que l’éclairage orangé sublime par des projections mouvantes. Le public est déjà saisi en s’installant.
Mais c’est une beauté post-apocalyptique.
Une femme vêtue d’un manteau argenté, un paquetage sur la tête, progresse pesamment, tandis que s’enchaînent les horizons arides et désertés. Trois jeunes femmes, l’accompagnent de leurs voix. Tel un choeur antique, elles commentent en chantant et dansant. Elles sont sa voix intérieure, elles nous offrent l’accès aux réflexions de cette femme noire afro-descendante. En rap ou en gospel, elles interpellent et dénoncent.

Le spectacle est dense, il est aussi enjoué que pertinent, aussi dramatique que dansant, aussi musical que plastique. De projections en performances, de discours en chansons, d’imageries en interpellations, Ntando Cele construit un propos judicieux, non dénué d’humour, dont nous devons avoir (mauvaise) conscience.
Ainsi, alors qu’en Europe, les consommateur·rice·s se sentent bien lorsqu’ils récupèrent et rapportent leurs vêtements. Dans les pays pauvres, des pans entiers de terre sont dévastés, les habitats et l’environnement détruits. Wasted Land établit un lien entre le changement climatique (production de déchets) et l’oppression (colonialisme)…Extrait du texte de présentation de la pièce (lire).
On prêche la bonne parole: « Vos pailles en papier comptent!« . Et puis Ntando Cele hèle le public et provoque un certain malaise: la réalité de nos « offrandes textiles », ce sont des morts humaines en Afrique. Hé oui, au sujet du réchauffement climatique, we are on the same storm, but not the same boat!!

Assister à un défilé fashion de couvertures de survie, de femmes allaitantes, un sac poubelle à la main ou le visage comprimé dans du plastique, avec, tout autour, des monceaux de fripes européennes, voilà qui remet les pendules à l’heure!
Nous sommes rassuré.e.s d’envoyer nos déchets (aussi bien électroniques que textiles, d’ailleurs) au recyclage, oui mais dans des pays lointains où ils polluent tout autant. Ouvrons les yeux! Pouvons-nous imaginer un monde où l’écologie ne serait pas néo-colonialiste et tiendrait compte de toutes les parties du monde?
Une solution? Achetons moins de fast fashion!

BUY LESS SHIT!!

Très intéressant !
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