Théâtre de Vidy du 10 au 12 février 2026
Guitare: Raúl Cantizano, batterie: Donna Thompson, chant: Rosa de Algeciras.
Conception, chorégraphie, interprétation: Yinka Esi Graves
« Mesdames et Messieurs, bienvenue chez Miss Lala! Soyez attentifs vous allez bientôt assister à un acte de disparition!«


Qui donc connaît cette peinture et son modèle? Voici donc un premier acte de disparition. Mademoiselle Lala était une voltigeuse à la force de la mâchoire pour l’ancien cirque devenu Medrano.
En hommage, Yinka Esi Graves reprend le nom de cette artiste noire, et met en lumière la perception des corps afrodescendants et leur invisibilité constante. C’est le propos de cette pièce dansée en flamenco.

Née en Angleterre, Yinka Esi Graves vit en Espagne. Elle travaille le flamenco avec des danseur.euses andalous. Son récit porte sur la présence des afrodescendants entre les XVe et XIXe siècles dans le sud de l’Espagne. Le flamenco est un mélange de culture gitane, andalouse, d’Afrique du Nord et même juive.
Chants espagnols, poème anglais (Remi Graves) et paroles françaises accompagnent la danse flamenca de l’artiste d’origine ghanéenne et jamaïcaine. La guitare enchaîne les airs de flamenco et la batterie, entre solo et percussions diverses, marque le tempo, reliant les claquements de chaussures flamenco à ses battements.

Je suis ignorante de la tradition de la danse flamenco. Il est dit dans la feuille de salle que le guitariste Raùl Cantizano est l’un des pionniers du renouveau expérimental de la danse flamenca, ajoutant même des cordes à sa guitarra preparada. Ce musicien, le poète et la chorégraphe danseuse ont travaillé sur des traversées du corps, ainsi que des états et l’espace.
A la craie, elle trace une carte sur le plateau. Le public y assiste par filmage vue d’avion, sur l’écran en fond de scène. Ce sont les géographies que l’artiste traverse en dansant rejouant la mémoire ancestrale qui a construit le flamenco.

Sur le devant de la scène, entourée de Donna, la batteuse racontant la ville du Ghana Cape Coast* et de Rosa, la chanteuse de flamenco, Yinka, visage en gros plan sur l’écran, redéfinit les contours de son visage, le peint en beige, l’européanise « pour que la route soit plus douce« .
Pieds joints, glissés, corps renversé, mains virevoltantes, en équilibre sur un pied, accroupie, tournant sur elle-même, tout en claquant des talons à une vitesse folle, elle traverse les parcours dessinés, l’océan Atlantique, le monde des tanguillos, un canyon… Un langage, un chant naît des sons qu’elle produit avec les claquements de ses chaussures, elle dialogue avec la musique. Une symbiose s’établit entre les sons qu’elle produit, ceux qui l’accompagnent et son corps dansant.
*Cape Coast, ville et port de pêche (pêche aux muscles: esclavage) du Ghana, a passé de mains en mains coloniales (britanniques, portugaises, suédoises, danoises, néerlandaises) avant l’indépendance du pays en 1957.
