« Double Nationalité » Joël Maillard

Arsenic-Centre d’art scénique contemporain, du 21 au 25 janvier 2026 et à la Comédie de Genève du 3 au 11 février

Avec Cécile Goussard, Mélina Martin, Alicia Packer, Marie Ripoll

Double Nationalité, c’est le titre du troisième roman écrit par Nina Yargekov, qu’adapte au théâtre Joël Maillard. Il travaille pour la première fois à partir d’un texte dont il n’est pas l’auteur.

Blanches sur fond blanc, quatre comédiennes, quatre conteuses pour endosser les élucubrations, suppositions, réflexions de Rkvaa, jeune femme en pleine crise d’identité et atteinte d’amnésie. Elle débarque dans un aéroport et réalise que, dans son sac à main, tout est double: passeports compris, l’un hongrois et l’autre français. Joël Maillard adapte l’ouvrage littéraire et raconte l’enquête mentale à laquelle elle se livre pour tenter de reconstituer son parcours.

La représentation (environ 3 heures) est scindée en deux parties avec entracte. La narration, trépidante, est une cavalcade entre mystères et découvertes: êtes-vous hongroise ou française? Ces quatre « Jiminy Criket », incarnant la conscience perdue de l’héroïne, s’expriment à la deuxième personne du pluriel, un vous de politesse qui affiche également une pluralité identitaire. Dans un style virevoltant et un ton fougueux, leurs investigations s’enfoncent dans la personnalité complexe de leur hôte, de mensonges en révélations et de suppositions en autocritiques. Un « trouble collectif de la personnalité narcissique » qui permet aux auteur.ices d’interroger entre autres dissidence et émigration (économique ou pas), racisme et classisme, opportunité et privilège, etc. Yasigie (double de la Hongrie dans le texte) et Luthringie (France) reflétant la double pensée d’une « queerness » double nationale

Ce texte éclairé nous met, avec humour, face à nos propres préjugés et contradictions. Echappatoires, dérobades et justifications s’écroulent devant un examen approfondi. Le débat de la protagoniste devient notre débat: D’où proviennent nos valeurs morales? Sont-elles immuables face aux réalités de notre époque? Devant les faits du fascisme, comment réagissons-nous? Dualité et nuance dans la réflexion sont des privilèges que l’on devrait s’accorder communément. Nous, mais aussi l’Europe… Non pas pour approuver, mais pour déconstruire nos faiblesses.

Quelle idée géniale d’avoir quadruplé les interprètes des réflexions de l’héroïne! Scénographie (Mélissa Rouvinet), lumière (Edouard Hügli) et mise en scène se joignent pour visuellement synthétiser le contexte à coup d’ombres portées, de dissociations ou de postures. La première partie est jouée sur fond blanc et la deuxième, hongroise, sobrement noire, est flanquée d’un piano lisztien. A l’inventivité et l’humour du texte se joignent l’originalité facétieuse de la mise en scène et le talent des comédiennes et chanteuses. La lionne polaire rugit à bon escient, les chants choraux sont impeccables, le basilic retrouve sa liberté et la petite taupe fait un carton! De plus, les références à la Hongrie, pays dirigé par une parti d’extrême droite ultra conservateur, soutenu par Trump, nous propose une piqure de rappel: la vigilance est de mise!

Ne doutez pas de votre attention durant la représentation, on ne s’ennuie jamais malgré sa durée et elle est agrémentée d’un entracte. .

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