« Ars Nova » Romain Daroles

Théâtre de Vidy, du 26 février au 9 mars 2025

Avec Mathias Brossard, Marion Chabloz, Romain Daroles, François-Xavier Rouyer.

Photos © Samuel Rubio

Un paysage rude et sombre, jalonné par des entassements de pierres noires. Au fond, un rotor à pales américain surmonte un derrick. L’éclairage orangé provient de la tente canadienne installée en bordure. Un personnage en combinaison blanche se détache, explorant le sol à l’aide d’un détecteur de métaux. Il est bientôt rejoint par trois comparses, toustes occupés à sonder, déplacer, mesurer ces lieux ravagés. Un comique petit robot les accompagne.

Est-on sur une autre planète? une île? Un volcan? Où est passé le monde? En quels temps sommes-nous?

Le temps des recherches s’allonge. Peu à peu, des indices nous éclairent. Dans le silence de leur mutisme imposé, des sons émergent. Quelques bribes d’un air d’opéra sont capturées et imprègnent déjà le comportement de l’un d’eux.

C’est à une extraction inhabituelle que nous assisterons. Plutôt qu’une éruption volcanique, c’est la (re)naissance d’une oeuvre lyrique qui jaillira du magma. Un élément vital, l’eau, servira de lien entre l’art et l’humain. L’eau, utilisée aussi pour se laver des souillures de la vie, permettra à ces scientifiques de découvrir une source sensible, celle de la musique. L’Orfeo de Monteverdi (XVIIe), qui évoque les enfers, les délivrera-t-il de ce noir désert?

Non sans humour, avec pertinence, la pièce développe plusieurs sous-textes. La science destitue-t-elle les sensations? Est-on attentifs à la sérendipité? La technologie a-t-elle réponse à tout? L’art est-il une clé pour mettre en évidence un sentiment collectif? Y a-t-il encore du temps disponible pour accéder au sublime? La robotique est-elle capable de sustenter l’affectif?

La création sonore (Charles-Edouard de Surville), surprenante, est une trouvaille saisissante de ce spectacle.

Telle une allégorie du processus créatif, la narration développe le travail préalable à la découverte ainsi que l’importance de la collaboration. Il faut seulement en prendre le temps.

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