Mon Festival d’Avignon 2024 (in) Part VI: Vive le sujet 2 & Historia d’un Senglar

Deux lieux du IN nouveaux pour nous: le très beau et calme Jardin de la Vierge et le Théâtre Benoît-XII, découvert depuis le dernier rang.

La scène du jardin de la Vierge est un espace d’expérimentations où les artistes choisissent de présenter des formes courtes. Ce qui me rappelle un format que j’avais beaucoup apprécié à l’Arsenic-Lausanne: le Salon International de la Mise en Scène.

La Tentative à laquelle nous assistons est celle de Stéphanie Aflalo, accompagnée du comédien Jérôme Chaudière et du performeur Grégoire Schaller. Je l’ai choisie influencée par l’avis positif d’un ex-blogueur devenu instagrameur (Ceci n’est pas une critique). Intitulée « Méditation », elle est une large digression sur notre trépas à venir. Je ne sais pas si ce texte, que l’on pourrait croire improvisé, deviendra un spectacle à part entière, mais cet extrait est à la fois léger, drôle et profond. Il est constitué de multiples allégories qui ramènent toutes à notre finitude inexorable. Les trois interprètes sont assis à la table et prennent la parole à tour de rôle. Iels ont chacun.e un moment de solo debout face au public, ce qui ne m’a pas laissé un souvenir inoubliable. En revanche, les trouvailles allégoriques sont réjouissantes. Elles sont dites d’un ton badin, en rigolant souvent les un.e.s des autres. A suivre donc.

C’est comme un déménagement, mais avec nous-même dans un carton. C’est comme une course dont le but serait d’arriver dernier. (contemplant le crâne) Quel gâchis tous ces produits de beauté.

 

Au théâtre Benoît-XII, voici un monologue: Historia d’un senglar (l’histoire d’un sanglier) de Gabriel Calderòn, jouée par l’incroyable acteur catalan par Joan Carreras. Tout en catalan et dont la diction est hyper rapide comme le veut la langue.

L’arrière de ce trône révèlera un ensemble de cordages et poulies tels que ceux qui anim(ai)ent les décors de théâtre. Voilà le petit espace dans lequel évolue le personnage: un comédien en fin de carrière auquel, enfin, on propose un premier rôle, celui du Richard III de Shakespeare. Peu à peu, on s’aperçoit que la férocité, l’ambition et la cruauté du rôle s’empare de l’acteur. Ou est-ce l’inverse? Ainsi le dialogue s’instaure entre le classique et le contemporain. Interpellant le public, exhibant sa monstruosité, se délectant de ce « mélange de porc de rat » dont il s’inspire pour le personnage de Richard, le comédien parvient à nous imbiber de l’esprit furieux de Richard III en le transposant dans le présent.

Un animal politique, un animal théâtral, humain. C’est aussi une façon de poser la différence philosophique entre la barbarie et la civilisation. Richard III représente notre part sauvage, celle qui désire le pouvoir absolu, qui se moque des règles, celle qui tue le faible et déclare la guerre. Cette part est présente en chacun de nous. Parce qu’au fond, nous désirons tous et toutes les mêmes choses. Mais ce sont les moyens de les atteindre qui font de nous des gentilshommes ou des tyrans. Gabriel Calderon (entretien)

Cette géniale interprétation, drôle et violente, est surtitrée, ce qui ôte un chouïa de la compréhension du texte comme du suivi du jeu théâtral. Pourtant, on goûte sa prestation avec grand plaisir, on ressent sa frénésie ambitieuse, sa rage créative, son amère frustration de comédien qui exige sa revanche. Les trois personnages féminins qu’il interprète du classique d’origine sont puissants, même si lui-même fait preuve de misogynie (et d’ailleurs de tout ce que l’on peut imaginer comme abjection). Du public, des acteurs, des mises en scènes, des techniciens, tout le monde en prend pour son grade lors de cette brillante dissertation sur le théâtre!

« Mon royaume pour un spectateur intelligent! »

 

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