Jiri Kovanda (1953) § s’embrasser en inframince !

Jiri Kovanda est né à Prague. Il utilise des médias d’expression qui ne sont pas officiellement reconnus comme étant artistiques saupoudrés d’humour ironique. Son art est une illustration proche de la notion d’inframince, que Marcel Duchamp a tenté d’identifier vers 1930, listant 46 définitions (publiées en 1980). L’inframince est un concept esthétique désignant une différence ou un intervalle imperceptible, parfois seulement imaginable, entre deux phénomènes. Par exemple, la chaleur d’un siège (qui vient d’être quitté) est inframince.

L’artiste conceptuel Jiri Kovanda souhaite utiliser des choses qui ont déjà une existence, en les transformant imperceptiblement.

How does art enrich our lives, from your point of view?

In my opinion, it is one of the most important tasks of art to open eyes to everything. I think art could make us more sensitive about everyday objects and the normal everyday living.

Jiri Kovanda interview

A Denver, Kovanda ne sait pas où il créera son œuvre  » Tous les oiseaux d’Amérique du Nord « . L’emplacement du site a été choisi par Michal Novotný, conservateur et directeur du Centre for Contemporary Art FUTURA.

© Jiří Kovanda & Black Cube, Denver U.S.A. Voir d’autres oeuvres ICI.

Il commence dans les années 70 avec des collages, mais considère sa véritable entrée dans l’art au moment de ses actions performatives durant cette décennie. Depuis le début des années 2000, ce sont les aspects relationnels et humains qui l’intéressent sous forme d’installations qui se rapprochent de la nature morte. Kovanda opère de petites transformations par l’appropriation et la réutilisation d’objets, de signes et de matériaux de son environnement, altérant imperceptiblement la perception de la façon dont les choses se passent. Ce sont de minuscules anomalies semées dans un décor anodin.

Jiri Kovanda, Sugar Tower, 1978

La petite Sugar Tower (1978) est constituée de morceaux de sucre posés contre le pied d’un mur dans le quartier de Prague de Vysehrad, elle peut être considérée comme un commentaire existentiellement ironique sur le minimalisme de Donald Judd. Elle est un monument de l’éphémère, de la variabilité et de la fugacité,

L’une des pièces fondamentales de Kovanda en 1976 s’appelle Divadlo (théâtre). Le scénario de l’événement était le suivant: «Théâtre.Je suis un script précédemment écrit à la lettre. Les gestes et les mouvements ont été sélectionnés pour que les passants ne soupçonnent pas qu’ils regardent une «performance». ». Par exemple il joue une chorégraphie de gestes « Invisibles », des gestes que font les gens naturellement comme croiser les jambes, se passer la main dans les cheveux, etc. Ensuite ces actes furent documentés à travers des photographies, avec de courts scripts des événements. L’art conceptuel était ainsi présenté dans les espaces des galeries. Ces pièces peuvent être qualifiées de Happenings discrets.

Jiri Kovanda, Contact, 3 septembre 1977, Prague. Photo noir et blanc / texte 29 x 21 cm.

Après une pause de plusieurs années, Kovanda recommence à se consacrer sérieusement à l’art et développe ses idées des années 70. Meubles, matières premières et objets trouvés sont combinés pour constituer des sculptures-collages dont les titres évoquent des sensations ou des situations, complétant la signification de l’oeuvre minimale: Autumn (2016), une feuille en équilibre sur la porte d’une armoire soutenue par un fil scotché aux deux extrémités), Breeze (2016), un sac en plastique transparent gonflé sur une commode, Bathing (2016), des tranches de mortadelle dans une baignoire, ou encore Cave (2016),  de la gomme collées au bras d’un fauteuil. Images ICI.

« I asked a woman artist to participate in a performance with me: I was seated with my back facing her camera so I could not see her and she photographed me while she was naked. » Jiri Kovanda, exposition 2011 Paris gb agency

«3 septembre 1977 – Dans un escalator, je me retourne, je regarde dans les yeux la personne qui se tient derrière moi»

«8 décembre 1977 – Les mains sur les yeux, je marche aveuglément au travers d’un groupe de gens jusqu’au bout du couloir»

§

Le sens premier du mot embrasser est pourtant étreindre, prendre dans ses bras. En Suisse, avant le raz-de-marée COVID19, c’était avec trois bises que l’on initiait le contact avec nos amis, parents et même amis de nos amis ou connaissances. En France, la bise est aussi une tradition bien ancrée, un rituel d’appartenance associé à une culture de contact. Pourquoi se fait-on la bise? Il semble que ce soit une des rares occasion de toucher le visage de quelqu’un d’adulte sans l’agresser. Une proximité que l’on accepte généralement pour son aspect social et un signe d’égalité où l’on se fait face. On se permet le plus souvent d’embrasser les enfants sans leur en demander la permission et ça, ce n’est pas bien du tout!  étreindre ou embrasser un enfant sans avoir d’abord obtenu son consentement lui démontre qu’il n’est pas maître de son propre corps et qu’il est correct d’accepter un contact rapproché avec un adulte.

Ecoutez France Culture, mars 2020 :   Aux origines de la bise : une tradition en suspens

Jiri Kovanda, « Kissing Through Glass » 2007 Performed as part of UBS Openings: Saturday Live – Actions and Interruptions, Tate Modern, 10 March 2007 Photo © Tate

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