«Profil» Moanda Daddy Kamono / Magali Tosato § appréciation culturelle

Photo©SAMUELRUBIO

Au théâtre de Vidy-Lausanne du 28 octobre au 7 novembre 2020

«Je veux avoir ce rôle!», c’est le cri du coeur de cette création de Moanda Daddy Kamono.

L’argument de l’auteur est sa participation à un casting pour le rôle de Richard III et la réaction d’un metteur en scène argumentant qu’il «n’a pas le profil». Eliminé par sa couleur de peau?

Le propos de ce metteur en scène est suivi par une proposition racisée mortifiante («…dansez, les gens comme vous savent danser»), ranimant des expériences intimes de l’auteur, profondément blessé.

Mis en scène par Magali Tosato, Moanda Daddy Kamono déploie en autofiction ce qui a façonné sa résistance, sa force et sa détermination: l’absence du père, les deuils, l’enfance dans la rue, la violence à Kinshasa, mais aussi cet «humanisme drapé d’hypocrisie» rencontré en Europe. Une matière qu’il façonne en un texte puissant dans son réalisme et poétique dans sa forme: «J’ai fait de ma tristesse un verbe chanté».

Hormis un endroit réservé au talentueux guitariste et percussionniste Rodriguez Vangama, la scène se caractérise par trois lettres géantes suspendues à contresens: G. O. D. Une belle trouvaille de la scénographe Franziska Keune, permettant de jouer avec les mots GOD et DOG pour finalement se révéler être tout autre chose, les initiales de Duke of Gloucester en l’occurence. Décrochées au cours du spectacle, comme l’espoir amenuisé de l’acteur, ces trois caractères révéleront la brillance de leur face cachées.
Le manteau royal de Richard III, dont l’acteur est revêtu, devient un peignoir de boxeur, une métaphore éloquente.

Photo©SAMUELRUBIO

Armé de sa guitare/basse à double manche, le musicien vient appuyer le monologue du comédien avec des rythmes et des mélodies tout en nuances, navigant de la douceur à la fougue, ajoutant des sensations aux mots et de l’atmosphère au contexte. L’art de Vangama enrobe alors celui de Kamono d’une émotion viscérale. Une synergie aussi riche qu’évidente.

Les récits personnels de l’auteur résonnent de manière tangible avec des ressentis collectifs. Chaque minorité peut être touchée par une ségrégation. Correspondre au profil, n’est-ce pas l’injonction suprême? «Pour ne pas disparaître, tu veux ressembler». Est-il possible d’échapper aux stéréotypes? «Toujours cette peur d’être au mauvais endroit». Vivre ses rêves permet-il une totale résilience? «Ces entailles à répétition éteignent les étoiles dans les yeux».

Un texte poignant, une interprétation frappante: La couronne de Richard III lui a peut-être échappé, pourtant les attributs de l’artiste accompli ceignent le front de Moanda Daddy Kamono.

Photo©SAMUELRUBIO

§

Tout de même, après tout ce que la culture dominante blanche s’est appropriée en terme de culture africaine et autres cultures minoritaires, il serait temps de partager sans grimacer! 

Au contraire de l’appropriation culturelle, sujette à de nombreuses polémiques, l’appréciation culturelle, quand l’on reconnait l’origine des codes empruntés, marque le respect. Mais la frontière peut être floue. Toute la différence réside dans l’usurpation ou l’exploitation des codes d’une culture minoritaire versus la reconnaissance de son héritage. Ne serait-ce pas en établissant des connexions entre cultures que l’on efface le plus les préjugés?

Dans les années 60, les afro-américains étaient souvent bannis des radios pour leur musique étant considérée comme trop « sauvage » ou trop « sexuelle ». Ainsi des artistes comme James Brown ou encore Ray Charles, pour citer les plus connus, ont dû énormément se battre pour être reconnus en tant qu’artiste par les blancs. Là où c’était problématique à l’époque c’est que certains artistes blancs plagiaient littéralement des morceaux de blues, de jazz et de soul pour en faire du Rock & Roll. Et eux, passaient à la radio sans problèmes. Ils niaient complètement l’origine des chansons qu’ils chantaient. On est sur de l’appropriation culturelle pure et dure. Aujourd’hui, avec la mondialisation, la musique n’a plus de frontière et c’est plutôt bien. Un blanc peut faire du rap, comme un noir peut faire de la musique classique (…) Source:blog de Shanice mph

Dans le spectacle Requiem pour L. d’Alain Platel et Fabrizio Cassol, le chef d’orchestre est Rodriguez Vangama.

 

 

 

 

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