Cady Noland (1956) § manipulation mentale

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Cady Noland, « The American Trip », 1988, (grilles métalliques, tubes en acier, menottes chromées, drapeau américain, pavillon pirate, lanières en cuir et éléments métalliques)

Image de l’en-tête: Cady Noland, Untitled (Brick Wall), 1994–1995.

L’oeuvre conceptuelle de Cady Noland, où Pop Art et Minimalisme se côtoient, est reconnue à la fin des années 1980 (six expositions solo entre 1988 et 1990, dont la 44e biennale de Venise). Elle quitte ensuite brusquement le monde de l’art, après une exposition de groupe en 2000, imposant le silence et interdisant toute publication à son propos.

Une exposition a cependant eu lieu en 2013 à Rennes et en 2019 au MMK, Frankfort, supervisée et planifiée par l’artiste elle-même avec la commissaire de cette exposition, Suzanne Pfeffer, qui commente sa contemporanéité ainsi:

 » Le rêve américain auquel Cady Noland s’adresse est devenu réalité mondialisée, caractérisée par la glorification de la violence, l’individualisme radical, la consommation comme stimulus et accomplissement, et les conflits sous forme de séparatisme et d’exclusion ». SP

Avec ses installations, collages et sculpture, l’artiste explore les sombres aspects de la culture et de la société américaine en analysant sa mythologie, ses symboles et ses objets fétiches.

Les sérigraphies de personnages états-unien sont exposées sur panneaux métalliques, ainsi que des coupures de presse.

 

Canettes Budweiser, barbecues, ballons de basket, battes de baseball, selles, casques de protection, câbles de démarrage, pneus de voiture, pistolets, ceintures pour outils ou armes, etc: voilà les ingrédients de base des installations de Cady Noland, des objets de la consommation courante américaine. Un élément important et récurrent de son travail est le drapeau américain (à l’instar de l’oeuvre de Jasper Johns), souvent sale et troué.

La brillance et la dureté du chrome, de l’aluminium ou de l’acier, ainsi que leur effet miroir, encadrent les objets entassés, comme le caddy de supermarché, le déambulateur pour personne faible ou la barrière de police qui réprime ou protège.

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©Cady Noland, Sans titre, 2008, Cette oeuvre, prêt de l’artiste, est la plus récente connue.

Ces objets sont présentés par Cady Noland comme dans une enquête de criminologie, une constatation, un état des lieux de l’Histoire nationale américaine.

 

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Cady Noland, “Gibbet” (1993/1994) (Courtesy The Brant Foundation, Greenwich, Connecticut (US); Cady Noland, “Beltway Terror” (1993/1994) (Courtesy The Brant Foundation, Greenwich, Connecticut (US)). Installation view MUSEUM MMK FÜR MODERNE KUNST (photo by Axel Schneider)

Durant sa quinzaine d’années, le travail de Cady Noland apparait comme une recherche obstinée des racines du mal frappant le mode de vie américain et une remise en question de la promesse de son « american dream ». Le point de départ de cette mise en avant, relayée par la presse de l’époque, serait l’assassinat du président Lincoln en 1865 durant une représentation théâtrale par un acteur confédéré (qui s’était pris les pieds dans un drapeau américain à l’issue de son crime…).

L’artiste en retient les psychopathes/criminels. Dans la presse et les médias, ces sujets d’informations deviennent objets de consommation, aboutissant à une notoriété éphémère et malsaine, dont le public se repaît. Une idéalisation de la violence que les médias contribuent à répandre dans la société américaine.

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Cady Noland, « Oozewald » (1989), 182.9 x 91.4 x 17.8 cm.

La photo de Lee Harvey Oswald reproduite sur aluminium, où l’on voit l’arme de son tueur, est l’oeuvre la plus chère produite par une femme artiste. Elle fut vendue aux enchères 6,6 millions de dollars en 2011 par Sotheby’s.

Accusé d’avoir assassiné le président Kennedy deux jours plus tôt, Oswald est tué par Jack Ruby lors de son transfert. L’oeuvre de Cady Noland est percées de huit trous, dont celui placé sur la bouche obturé par un drapeau américain. Le regardeur est placé de telle façon qu’il prend la place du tueur.

« I became interested in psychopaths in particular, because they objectify people in order to manipulate them / Je me suis intéressée aux psychopathes parce qu’ils objectifient les gens pour les manipuler. » Cady Noland

Dans son essai « Towards a Metalanguage of Evil », Cady Noland décrypte les différentes façons qu’utilise le psychopathe pour manipuler mentalement ses victimes. Elle va même jusqu’à tirer un parallèle entre les manoeuvres du psychopathe pour atteindre son but et celles des entreprises de la consommation (« À un plus grand niveau, la chasse à l’information (du psychopathe sur sa future victime) est appelée étude de marché »).

Elle s’intéresse aussi au syndrome de Stockholm via le cas Patty Hearst, petite fille du magnat de la presse WR Hearst, enlevée en 1974 par un groupe terroriste, puis enrôlée de son plein gré dans ce groupe.

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Cady Noland, « Tanya », 1989

L’artiste Cady Noland suit de très près l’utilisation de son travail. C’est pour elle un travail à plein temps, a-t-elle déclaré.  L’oeuvre ci-dessous de 2008 est, semble-t-il, la dernière en date.

Pour quelles raison a-t-elle rompu avec le monde de l’art? On se doute que la spéculation n’y est pas pour rien. Ainsi personne ne peut taxer son travail d’opportunisme. Quelles qu’en soient ses motivations, l’axe qu’elle a donné à sa carrière, ainsi que son silence, la démarquent du mercantilisme de l’art contemporain.

Un article intéressant sur l’attitude de Cady Noland :

L’apparition de Cady Noland fut un moment décisif : elle concevait des compositions inédites, proposait une esthétique différente, ne racontait pas la même chose que les autres, ne se référait pas aux mêmes modèles et, surtout, exprimait une vision de l’Amérique bien plus critique que la plupart de ses confrères. Noëllie Roussel (la suite ici)

©Cady Noland, Sans titre, 2008
L’oeuvre, prêt de l’artiste, est la plus récente connue.

Le grand artiste de demain ne pourra pas être vu, ne devra pas être vu, mais devra plutôt rester caché.” Marcel Duchamp

Sources : Le beau vice MAMCO, Hyperallergic, Doriane Spiteri, Boum!Bang!,

D’autres illustration sur pinterest

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Une manipulation mentale ou manipulation psychologique est la modification délibérée de l’état mental d’un individu par un autre dans le dessein de lui faire faire quelque chose via un rapport de séduction, de suggestion, de persuasion, de soumission non volontaire ou consentie.

Devenir l’objet des manipulations d’un pervers narcissique est une chose, cependant personne ne peut échapper aux techniques manipulatoires utilisées dans la publicité. Elles agissent sur la comparaison sociale (sexe et pouvoir, par ex.), la congruence des programmes TV et de la publicité, les amorçages cognitifs, l’appel à l’égocentrisme, la tentation du luxe ou encore le conditionnement associatif. Lire ICI l’article de l’Institut Pandore.Sans compter l’abondance des stéréotypes qu’elle véhicule…

Cady Noland, « Deep Social Space », 1989. Collection Udo and Anette Brandhorst, Munich. Photo: Axel Schneider

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