«Affordable Solution for better Living» de Théo Mercier / Steven Michel § cerveau reptilien

Du 29 au 31 mars au Théâtre de Vidy-Lausanne. Les 5 et 6 avril au Cent-Quatre, Paris, puis en tournée.

Lors de la Biennale de la danse de Venise 2019, ce spectacle recevra le Lion d’Argent. Il a été conçu par Théo Mercier, plasticien et Steven Michel, chorégraphe et est interprété par le second.

Du fond de la salle obscure, une silhouette immobile est tout juste discernable. La scène est immaculée de blancheur, quelques planches et cubes, blanc eux aussi, sont disposés sur le sol. Lorsque la lumière inonde le plateau, étrange surprise… La silhouette parait plate. Du carton? C’est alors qu’elle se met en mouvement!

Entièrement recouvert d’une pellicule imprimée, le personnage parait irréel, entre marionnette et robot. Ces déplacements, d’ailleurs, se font par angles droits, ses gestes sont saccadés. Il est vêtu d’un short, chaussettes et baskets noirs. Peinte avec réalisme, une puissante musculature marque son corps. Son visage plat n’exprime rien.

Il entame alors, en comptant sans logique, d’improbables exercices de gymnastique. Une performance dont l’acharnement et l’exécution prêtent à rire, effectuée machinalement mais avec une forte conviction. Ayant terminé, il saisit un mode d’emploi dont le titre est KALLAX et se met à lire ce qu’une voix off féminine transmet au public.

Celle-ci fournit la marche à suivre pour être heureux et en bonne santé. Aussi simple que le montage d’un meuble Ikea. D’un ton est monocorde, mais encourageant, les injonctions se suivent: «Aujourd’hui vous allez bien, arrêtez de penser, prenez trente seconde de repos constructif avant de commencer; …».

L’homme-objet commence l’assemblage d’une étagère, toujours guidé par la voix. Tel un  soldat mécanique, il s’active avec efficacité. La voix le congratule, «C’est bien, qu’est-ce que c’est bien», elle le convainc «Tout s’imbrique, vous avez l’intention de l’imbrication», elle prévient ses doutes «Vous êtes optimiste dans un monde où des milliers de personnes finiront bien par sortir de la pauvreté».

Le montage terminé, la pièce est enrichie d’un lit d’enfant, de tables gigognes empilées, d’une armoire, etc. C’est maintenant la propre voix de l’homme que l’on entend. « J’ai tout fait moi-même ». Il explore son intérieur avec satisfaction. L’armoire, lorsqu’il l’ouvre, délivre des chants d’oiseaux. Est-ce ce qui le libère?

Comme un insecte qui mue, il s’extirpe de sa peau. Lentement, commençant par la tête, il se dépouille de son carcan, en sort écorché vif, laissant voir sa musculature à vif. Il se déplace différemment, avec souplesse. Sa voix énumère ses mille activités passées. Il glisse et se coule dans le décor figé, se faufile avec grâce, malléable, souple, léger.

Reptilien.

Photos : Copyright Erwan Fichou

Contrairement au décor artificiel, les bruits proviennent d’une nature au repos, d’une nuit champêtre et bucolique. Et si tout n’était pas aussi simple, si le tonnerre et la pluie dérangeaient cette ordonnance? Si la nature reprenait ses droits? S’il fallait se fier à notre instinct, se libérer des directives acquises? Si la divinité toute puissante et formatrice n’était pas celle que l’on croyait? Où se réfugier en cas de cataclysme?

Il entre dans l’armoire.

La performance corporelle de Steven Michel est absolument bluffante. Il est aussi habile dans la rigidité que dans l’élasticité et se meut de manière fascinante lors des deux situations. Cette fable, toute symbolique, est à la fois esthétique et palpitante, drôle et pathétique, perspicace et saisissante. Une réussite théâtrale. En plus d’un conseil avisé.

§

Le cerveau reptilien, archaïque et primaire, assurerait la survie de l’individu et de l’espèce. Il serait notre part de nature primitive, le gardien des réflexes innés. C’est une hypothèse qui repose sur ce qui est nommé « Théorie du cerveau triunique ». Comme les cernes de croissance du tronc d’arbre, trois structures anatomiques seraient apparues peu à peu, dont le plus ancien serait le cerveau reptilien. Formulée dans les années 1960 par le neurophysiologiste américain Paul MacLean, cette théorie pourrait bien être tombée en désuétude!

Les zones de notre cerveau étant interconnectées, nos comportements ne seraient donc pas régis par un territoire en particulier. (Le Point, 2013)

Une vidéo instructive par Florence Bosse, hypnothérapeute:

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