« Les Italiens » de Massimo Furlan § immigration

Au théâtre de Vidy, Lausanne, du 24 janvier au 2 février 2019.

Avec Miro Caltagirone, Giuseppe Capuzzi, Alexia Casciaro, Vincenzo Di Marco, Nadine Fuchs, Silvano Nicoletti, Francesco Panese, Luigi Raimondi. Dramaturgie: Claire de Ribaupierre. Numero23.Prod

Photo: (c)Pierre Nydegger

Massimo Furlan est un metteur en scène suisse. Un fils d’immigré italien, né en Suisse. Après la guerre, la Suisse en manque de main-d’oeuvre ratifie un accord de recrutement avec l’Italie. Il s’ensuit une immigration massive provocant, dans les années soixante, l’émergence de mouvements xénophobes.

Le théâtre de Massimo Furlan est teinté d’une nostalgie constructive. En convoquant la mémoire du passé, il interroge la possibilité d’éclairer certaines difficultés actuelles. En rassemblant culture populaire et réflexion intellectuelle, il dépasse les frontières culturelles. Le résultat en est une très belle rencontre humaine, teintée de poésie et d’humour, d’un aspect aussi léger que son sens est profondément humain.

Trois des interprètes de la pièce sont des immigrés italiens de première génération, trois autres sont nés en Suisse de parents italiens, des « secondos ». Ce sont leurs voix et leurs expériences personnelles qui émaillent le spectacle. Ils ne sont pas acteurs et jouent (presque) leur propre rôle.

Photo: (c)Pierre Nydegger

L’émotion se manifeste dès les premières paroles. En voix off, ils se présentent avec leur accent chantant. Quelques anecdotes de leur enfance et voilà le décor posé sur cette scène nue. La lumière peu à peu dévoile les silhouettes mouvantes des six personnages, bientôt rejoints par deux gracieuses et attirantes ballerines, images d’harmonie mais aussi d’équilibre chancelant. Qui de mieux pour évoquer les rêves élaborés durant leur enfance? Ou pour éveiller, une valise à la main, le désir d’évasion? C’est ainsi que les trois hommes, méthodiquement, quittent leur identité initiale et endossent le statut de superhéros, le costume bleu et rouge bien connu, mais taillé dans un pyjama!

Leurs descendants expriment un ressenti plus diffus, des sentiments mélangés, comme l’est leur double culture. Engoncés dans les contraintes de l’intégration et de l’origine, sans pour autant se sentir véritablement inclus dans l’une ou l’autre communauté, ils semblent éprouver pour leurs aînés une admiration mêlée de honte, un respect embarrassé, et se doivent de développer des stratégies pour disparaître et simultanément plaire à tous, leurs parents et leurs amis, racines ancrées et rameaux tout neufs.

Photo: (c)Pierre Nydegger

Née d’une brumeuse nuée, une Helvétie majestueuse et méfiante entre en scène, drapée dans sa toge blanche et munie de ses attributs guerriers. Elle est bientôt suivie de l’imparable véhicule italien, la Fiat 500, dans laquelle sont tassés les trois supermans. De prime abord intimidés, ils amadouent l’allégorie helvétique avec une chanson d’amour, « Mi sono innamorato di te », chantée par un Luigi attendrissant, et se mettent au travail, qui soulevant, qui réparant, jusqu’à hisser la macchina à bout de bras, tandis que Dame Suisse les supervise de toute sa hauteur… le soutien puissant d’une diaspora !

Raconter alors la détresse de la solitude, le mal du pays, les métiers cumulés, la difficulté de l’intégration, l’apprentissage de la langue … mais aussi l’attachement au pays d’accueil.

Impossible de passer outre la traditionnelle partie de carte, briscola ou tresette, qui entraîne tout le monde dans de fougueuses discussions. C’est réellement dans la caféteria du théâtre de Vidy que le clan se rencontre chaque après-midi.

Photo: (c)Pierre Nydegger

Dans une robe fourreau scintillante, surgit une majestueuse Dalida qui entonne une sensuelle chanson à la gloire de son « Amore mio ». De la poudre aux yeux devant la condition féminine dans le sud et l’amère occasion pour elle de parler de la situation des femmes d’alors, les grand-mères italiennes de jeunes suissesses, et du possible héritage d’une soumission inconditionnelle à la famille et à l’homme.

Et quand les fils redonnent leur identité aux pères, les revêtant précautionneusement de leurs habits citadins, c’est un moment d’intense émotion, coloré de douceur, d’entraide et de bienveillance qui clôt ce spectacle, dont l’intimité sincère de la petite histoire révèle un pan de la grande, celle avec un H majuscule.

Photo: (c)Pierre Nydegger

§

Dans son livre « La double absence. Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré. », Abdelmalek Sayad (1933-1998) présente la synthèse de vingt ans de recherches menées en France et en Algérie.

Toute étude des phénomènes migratoires qui néglige les conditions d’origine des émigrés se condamne à ne donner du phénomène migratoire qu’une vue à la fois partielle et ethnocentrique : d’une part, comme si son existence commençait au moment où il arrive en France, c’est l’immigré – et lui seul – et non l’émigré qui est pris en considération ; d’autre part, la problématique, explicite et implicite, est toujours celle de l’adaptation à la société d’ « accueil ».

L’émission « Temps Présent » de la télévision Suisse Romande présente, en 1981, un reportage sur les secondos, deuxième génération d’immigrés italiens en Suisse, où l’on réalise que la cible de la ségrégation d’autrefois a changé, mais que ses arguments perdurent…

3 réflexions sur “« Les Italiens » de Massimo Furlan § immigration

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