« Jusque dans vos bras » par les Chiens de Navarre/ Jean-Christophe Meurisse § présupposés

Photo © Ph. Lebruman 2017

Du 27 au 30 novembre 2018 au théâtre de Vidy, Lausanne.

Ne poussez pas, y en aura pour tout le monde! Les lausannois n’ont pas été oubliés hier soir sur la scène de Vidy, pas de langue de bois, mais de vipère, ces Chiens de Navarre!

Une moquette gazonnée pour s’ébattre, débattre et se battre, voilà tout ce qui est nécessaire à cette équipe d’improvisateurs pour faire passer une soirée hilarante au public. Aucun préjugé n’est oublié, tous les sarcasmes sont permis et le politique est enfin incorrect. D’entrée de jeu, nous voilà enfumés et un Monsieur Loyal nous inclut dans son discours de bienvenue, nous mettant en condition : « Je suis en colère, mais je ne me laisserai pas faire ».

Il faut savoir que, selon les dires de Jean-Christophe Meurisse, « les acteurs sont à l’origine de l’écriture. » C’est donc à partir de leurs improvisations que s’élabore un canevas de  texte, canevas succinct qui sera utilisé par les acteurs comme point de repère et pour orienter leurs libres interventions. Une forme de théâtre en mouvement et prises de risques perpétuels.

La représentation se découpe en plusieurs épisodes qui se terminent tous en altercations plus ou moins furieuses. Une cérémonie, un pique-nique, un bord de mer, un bureau d’accueil, un salon et même une autre planète. Chaque lieu est astucieusement figuré par quelques accessoires, déguisements ou ameublements.

Comme le souligne un des comédiens : »Le thème est lourd: l’identité nationale ». Vaste question! Tous les poncifs et préjugés seront émis durant la pièce au grand plaisir d’un public hilare, émoustillé par la bêtise de ces clichés et autres propos de bistrot. Durant la scène du pique-nique, tout y passe, et avec jubilation: politique, féminisme, gauchisme, judéité, homosexualité, école, islam, etc. Le public, valorisé par sa distance, se régale de cette dérision qui lui semble si primaire. Et pourtant …les prémisses de certaines pensées secrètes se retrouvent peut-être dans ces désopilants commérages. Pendant que bêlent les moutons, le taureau  danse…

Scènes d’anthologie dans le bureau d’accueil des réfugiés où le traducteur et la secrétaire à côté de la plaque font tout foirer. Et les inénarrables arrières-plans, comme ce  naturiste qui s’applique à enduire de spray les plus intimes parties de son corps ou cette bourgeoise totalement désarticulée après s’être laissée aller à une démonstration de danse. Même le passé historique témoigne de l’esprit français avec une médiévale et repoussante « Jacquouille » féminine qui séduit un spectateur. Ou encore le saisissant contraste d’un pape noir chantant Johnny Halliday, un alliage qui évoque quelques-uns des tributs incontournables du peuple français.

Photo © Ph. Lebruman 2017

Humour, dérision, sarcasmes jaillissent sur tous les sujets. Il n’est pas étonnant que l’album d’Astérix le gaulois qui clôt ce voyage en France populiste soit « La zizanie »!

Beaucoup d’éclats de rire donc durant cette représentation dans laquelle la performance des acteurs est d’une efficacité remarquable. L’improvisation est une approche théâtrale risquée qui peut donner lieu à quelques rares baisses d’intensité, cependant l’humour de cette création impertinente et perspicace atteint son but : nous faire rire de nos propres paradoxes.

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Sortant de la représentation, un jeune gymnasien me dit: »je ne pensais pas que c’était comme ça, le théâtre. Je pensais que c’était long et ennuyeux! »

La pièce « Jusque dans vos bras » affiche un humour corrosif basé sur les ignorances et les présupposés des protagonistes. Elle nous permet de prendre conscience, tout en en plaisantant, d’affirmations et d’incompréhensions désastreuses pour les relations humaines en société.

Dans la pièce, un personnage avance qu’issus du mariage gay, leurs gosses devront assister aux partouzes des parents … »T’es pas loin d’avoir un préjugé, là! » lui lance une partenaire.

Présuppositions: -les homosexuel.le.s mariés auront des enfants -les parents participeront à des partouzes – les partouzes auront lieu devant les enfants…

Une personne présuppose une information lorsqu’elle la tient pour acquise. Un peuple de même. Le récepteur peut alors s’accommoder d’une phrase dont une partie n’est pas prouvée ou inconnue de lui. Pour que l’énoncé soit vrai, il faut que la présupposition le soit aussi.

Il est donc primordial de se méfier et de s’interroger sur l’opinion, qu’elle soit personnelle ou générale. Une opinion est un jugement composé de subjectivité positive, négative ou stéréotypée.

Dans le cas du « racisme » (prétendues différences culturelles, religieuses ou liées à l’origine), la discrimination, intentionnelle ou pas, est liée à une opinion acquise et non interrogée.

Combo, street artiste, 2017

 

 

 

3 réflexions sur “« Jusque dans vos bras » par les Chiens de Navarre/ Jean-Christophe Meurisse § présupposés

  1. les chiens de Navarre, c’est quelque chose, ils sont en résidence dans un théâtre près de chez moi, ou ils l’ont été. J’ai vu deux pièces d’eux et ça décoiffe. Aucun tabou, beaucoup de chair, dans tous les sens du terme. Je ne suis pas vraiment fan en fait même si j’aime beaucoup l’impertinence du ton et la liberté de jeu.

    1. Je comprends. J’aime leur concept de l’improvisation et de la liberté accordée aux comédiens, par ailleurs très bons. Dans le cadre d’une programmation contemporaine, c’est une chouette proposition. Différente et originale.

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