Tatiana Trouvé (1968) § souvenirs modifiés

 

TatianaTrouveTatiana Trouvé est une plasticienne d’origine italienne qui vit à Paris, lauréate du prix Marcel Duchamp 2007.
Son travail énigmatique peut paraître plutôt complexe à aborder. Cependant, le mystère qui en émane et son esthétique épurée implique immédiatement le regard. Son interprétation artistique et architecturale des souvenirs qui habitent son mental, ainsi que sa recherche sur le temps, l’espace et la mémoire, donnent à voir, à imaginer et à s’interroger. Tatiana Trouvé sculpte des récits.

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Tatiana Trouvé: Untitled, 2007. Installation – © Courtesy of the artist, Johann König, Berlin; Galerie Perrotin, Paris und Gagosian Gallery, New York. Foto: Daniele Resini

 

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Tatiana TROUVÉ, Untitled, from the series « Remanence » 2008 / Crayon sur papier, mine de plomb, étain, plastique ( 82,5 x 119,5 cm). Courtesy Galerie Perrotin

Après une enfance passée en Afrique et deux ans aux Pays-Bas, elle s’installe à Paris en 1995 et entreprend   une recherche de travail administrativement compliquée qui va devenir le sujet même de son oeuvre artistique. Elle crée en 1997 le Bureau d’Activités Implicites, son propre bureau d’administration mentale, empli d’idées, de méditations, d’absurdités nécessaires, de projets qui ne se réaliseront pas, de réminiscences et de temps perdu. Des maquettes qui deviendront sculptures, puis architectures et dessins.

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Tatiana Trouvé, « Bureau of Implicit Activities, Waiting Module no. 1 « – 2002, Plexiglas, imitation leather, iron, wood, HI-FI, music cd 186 x 165 x 80 cm Installation, Kunstverein Freiburg, 2003 Photo: Bernhard Strauss
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Tatiana TROUVÉ, « Untitled, from the series Intranquillity » 2009 Crayon sur papier, toile, vernis, liege. (82,5 x 119,5 cm)

Ce Bureau d’Activités Implicites (B.A.I.), une sorte d’archivage de la mémoire de l’artiste, est constitué à ce jour de dix éléments et une annexe s’articulant les uns aux autres : un Module Administratif, un Module des Titres, une Cellule de Sable, une Matrice à Fantômes, un Module à Réminiscences, un Module à Lapsus, des Archives, un Module d’Attente avec Annexe, un Module de Grève et une Cabine à boulimie. (source MAMCO ) Ce sont des lieux de concentration et de pensée matérialisés. L’inconscient serait figuré par les Polders, des terres artificielles affleurantes, des oublis remaniés par l’inconscient.

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Tatiana Trouvé Tatiana Trouvé, « Polder », 2002, 60 x 230 x 230 cm. Collection M.J.S., Paris. Mudam Luxembourg © Photo : Rémi Villaggi

 

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Vue de l’exposition Double Bind de Tatiana Trouvé au Palais de Tokyo du 1er février au 6 mai 2007. Copyright Marc Domage.

Paroles d’artistes : Tatiana Trouvé, Polder, 2001 par centrepompidou

Composés d’installations, de sculptures et de dessins, Tatiana Trouvé élabore des espaces, des lieux interstitiels, des entre-deux qui évoquent des histoires, des souvenirs ou des possibilités. Entre passé et futur, entre deux et trois dimensions, entre matériel et mental, entre rêve et réalité, entre l’oeuvre et le visiteur, etc. Des pensées plastiques dans lesquelles se promener…ou se perdre? Ces lieux intrigants, en chantier, Tatiana Trouvé les dessine de façon magistrale, ainsi que nous l’avons vu à la Biennale de Lyon:

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« Lorsque j’étais enfant à Dakar, les griots frappaient à notre porte pour nous raconter l’histoire de nos ancêtres, nous expliquer leur rôle dans le village, leurs métiers. Cela n’avait rien à voir avec la véritable histoire des quatre personnes qui composaient notre famille blanche d’origine italienne, ils racontaient l’histoire des habitants d’un village qui avait occupé l’emplacement de notre maison, comme si le passé avait coexisté ou vécu parallèlement à la réalité présente sans la moindre contradiction entre les deux. Cette histoire orale chantait un hymne à la chance de voir deux temporalités exister à côté l’une de l’autre dans un même espace. Cette découverte m’a ouvert la porte d’une dimension encore inconnue et depuis, cette idée ne m’a plus quitté l’esprit. C’est pour cette raison que j’aime les histoires qui influent sur l’espace et y interviennent. » Tatiana Trouvé

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Tatiana Trouvé, 350 points à l’infini , 2009

« La mémoire est un processus créateur.  Nos souvenirs sont malléables, ils peuvent être modifiés, mélangés, créés, altérés et perdus. Les souvenirs implicites existent et fonctionnent inconsciemment.

Daniel Schacter, un chercheur sur la mémoire, écrit : «  la mémoire d’évènements particuliers ressemble à un puzzle assemblé de toutes pièces.  » Il est normal pour tout le monde de «  réunir ensemble les morceaux pertinents et les sentiments dans un récit ou une histoire cohérente.  »

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Tatiana Trouvé, » Untitled » (2013) pencil on paper on canvas, bleach, cork, 153 x 240 x 3.5 cm, Photo: Laurent Edeline, Courtesy of the artist, Johann König, Berlin, Galerie Perrotin, Paris and Gagosian Gallery, New York

Les chercheurs divisent notre mémoire en deux sections : explicite et implicite. L’implicite est à la base de notre habileté, ce dont nous nous rappelons sans même y penser, comme faire du vélo ou jouer au piano. La mémoire explicite est divisée en deux : le court terme et le long terme. Ces derniers sont les plus instables. Pour perdurer, ils ont besoin du processus de consolidation. » (http://www.charlatans.info/memoire.shtml)

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Tatiana Trouvé, « From here I disappear », 2009

9 réflexions sur “Tatiana Trouvé (1968) § souvenirs modifiés

    1. Ho, je regrette le texte savant, je préfèrerais un texte interpellant. Apres, chacun son approche. Une amie vient de me dire qu’elle préfère ne pas avoir de renseignement sur la démarche de l’artiste avant de l’aborder. Je comprends bien ça aussi. Et puis, les oeuvres « en vrai » sont toujours bien plus éloquentes que tous les discours.

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      1. (regrette rien …. – c’était dans le sens de : « averti par l’expérience » et non pas de « pédante qui fait étalage de son savoir, de son érudition » tzzz…. moi je fais parti des gens qui souhaitent un peu d’info avant de me lancer…je reste sinon parfois complètement en dehors….

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      2. De plus, ce n’est pas mon savoir, c’est celui que je pêche à gauche et à droite, chez « ceux qui connaissent ».
        Le mieux, c’est d’avoir un coup de coeur pour une oeuvre et de se rendre compte ensuite que la démarche est géniale!

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  1. Contente d’avoir rencontré cette artiste en ta compagnie. Et de lire ici ce que tu as creusé sur cette oeuvre intrigante comme tu dis. Article éclairant, intéressant , les passages sur la mémoire ( ça me captive, ce sujet…Et Confiteor en parle ! 😉 )

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  2. L’art est un peu comme la bible. Si on la lit avec une logique scientifique et intellectuelle, on part perdant. Il vaut mieux comprendre l’ensemble. Et puis; c’est juste une question d’émotion. on accroche ou pas. J’ai du mal avec la Trouvé, Elle m’oblige à trop de gymnastique cérébrale. Sa démarche est entrain de me rendre dingue. Et c’est là que je te remercie CultURIEUSE. Sans toi, je n’aurais jamais entendu parler d’elle.

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    1. Merci pour ton message! personnellement, ces dessins me rappelaient l’architecture de Le Corbusier, c’est ce qui m’a attiré devant son travail. J’ai fait connaissance avec sa démarche en publiant cet article. Je pense que tout travail artistique qui part d’une investigation profondément personnelle devient intéressante et esthétique. Mais on peut trouver celle-ci glaciale…

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