Ernest Pignon-Ernest (1942) § le sacré contemporain?

 

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Artiste plasticien français (Art urbain)

« Ce qui importe dans mon travail, c’est avant tout l’incorporation d’une image dans un lieu, dans une situation. Je cherche à activer les lieux, à exacerber leur potentiel symbolique, historique ou mémoriel. » E.P.-E.

En 1965, Ernest Pignon-Ernest s’isole dans le Vaucluse pour peindre. Il rêve d’un projet à connotation politique. Il apprend alors qu’à quelques kilomètres de là, le sous-sol contient la force de frappe atomique française. En effet, 18 silos contenant des missiles nucléaires ont été enterrés sous le plateau d’Albion en 1966 (désactivés 30 ans plus tard). Le recours à la peinture lui semblant vain pour dénoncer cette situation, il se documente et découvre la photo terrifiante des ombres d’Hiroshima qui lui donne l’idée de réaliser des pochoirs de cette image et de les disposer aux alentours tels des alertes, « une confrontation entre puissance de mort et beauté du paysage ».

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Pour un autre projet, en 1971, il opte pour la première fois pour la sérigraphie et tire des images grandeur nature des victimes de la Commune, les liant ainsi au drame de la guerre d’Algérie.  » L’anachronisme me plaît beaucoup, il peut être très signifiant. Et permet d’entrechoquer les événements de l’histoire contemporaine en utilisant les lieux, l’espace et le temps. « 

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Sa série sur la mort, à Naples, fait autant référence aux grandes épidémies de peste du XVIIe siècle qu’à celle, contemporaine, du sida. Il y a collé plus de mille dessins et sérigraphies, s’inspirant du style du Caravage. Il prépare les emplacements des collages en marchant dans les rues, lisant des ouvrages, interrogeant les gens. La ville devient son « matériau plastique essentiel », il le recharge de son histoire en y insérant ses images qui racontent ce qui a été, qui révèlent.

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Incrustation de figures peintes sur papier,1988-1990-1993-1995

Il dessine à la pierre noire ou au fusain, produit des sérigraphies sur papier journal, puis va les coller sur les endroits de l’espace urbain choisis. Dans son imaginaire, il a plus de relations avec les poètes et les écrivains qu’avec le monde de l’art plastique et des musées qu’il trouve trop alignés sur le marché international.

 

L’image ci-dessous fait référence à Jean Genet et son livre « Querelle de Brest ». Affiches collées à Brest, bien sûr. Elles suggèrent l’oeuvre de l’écrivain, en illustrent le fond entre violence et désir.

IMG_6125L’art de Pignon-Ernest est engagé, il parle d’humanisme et d’humanité. S’il est éphémère, par la fragilité de son matériau, il apparait d’autant plus vivant, pareil à l’existence. Ses interventions sur l’apartheid, l’immigration, le sida, l’avortement, etc. sont autant de traces mêlant le sacré et le profane, l’histoire de l’art et la contemporanéité, l’imaginaire dans le social.

Le site officiel : http://www.pignon-ernest.com/

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EXTASES, dans le cadre de l’Exposition Charcot du 13 Mai au 9 Juillet 2014 Chapelle Saint-Louis-Hôpital de la Salpêtrière 47 Bd de l’Hôpital 75013 Paris

Le travail intitulé Extases cherche à représenter, en situation, l’image de la chair qui aspire à se désincarner à travers sa recherche spirituelle, celle des grandes mystiques : Marie-Madeleine, Hildegarde de Bingen, Angèle de Foligno, Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, Marie de l’Incarnation, Madame Guyon.

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Dans l’art, le sacré et le profane se côtoient de très près. Pendant très longtemps, il s’est développé à l’intérieur de la religion. Le temps présent ayant vu se déliter la croyance en Dieu, l’art, celui qui donne à penser, semble être devenu ce qui se rapproche le plus du sacré, caractère de ce qui hors des choses ordinaires, communes. Il est partagé collectivement, il est public et s’adresse à chacun. L’artiste est un créateur, celui qui se rapproche le plus de la description biblique de Dieu.

Voir à ce sujet l’entretien avec Marcel Gauchet, philosophe, sur « L’art, substitut du sacré »:

http://gauchet.blogspot.ch/2007/10/lart-substitut-du-sacr.html

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120 dessins préparatoires et oeuvres photographiées in situ, Gallimard, 2008

8 réflexions sur “Ernest Pignon-Ernest (1942) § le sacré contemporain?

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